Les autorités militaires birmanes ont appelé dimanche la communauté internationale à rapatrier rapidement des centaines d’étrangers toujours détenus après une vaste opération de répression contre des centres d’escroquerie en ligne dans l’est du pays, près de la frontière thaïlandaise. La junte affirme être dépassée par la gestion de ces personnes, arrêtées lors de raids menés dans des zones connues pour abriter des réseaux criminels transnationaux.
Ces derniers mois, les forces de sécurité ont visé deux importants complexes, KK Park et Shwe Kokko, situés à proximité de la ville frontalière de Myawaddy, dans l’État de Kayin. Ces opérations ont conduit à l’interpellation de milliers de ressortissants étrangers, soupçonnés d’avoir été impliqués, volontairement ou sous contrainte, dans des activités de cybercriminalité, notamment des escroqueries financières ciblant des victimes à l’étranger.
Selon le ministère de l’Intérieur, 13 272 étrangers originaires de 47 pays ont été arrêtés depuis le début de la campagne, lancée en janvier. La majorité a déjà été expulsée, mais 1 655 personnes demeurent en détention. Les autorités expliquent que les retards sont principalement dus à des difficultés logistiques et diplomatiques, notamment pour les ressortissants de pays ne disposant pas d’ambassade en Birmanie ou en Thaïlande.
Les personnes toujours retenues sont hébergées dans des installations de fortune, comme des complexes sportifs municipaux, ainsi que dans des bâtiments contrôlés par la Force de garde-frontière de Kayin ou d’anciens sites d’escroquerie réaffectés. Parmi les détenus en attente de rapatriement, les ressortissants chinois constituent le groupe le plus important, avec plus de 500 personnes, suivis de citoyens venus notamment d’Indonésie, d’Éthiopie, du Vietnam, du Kenya et de l’Inde.
La Birmanie est régulièrement pointée du doigt comme l’un des principaux foyers mondiaux de la cyberescroquerie, des activités qui reposent souvent sur des stratagèmes de séduction ou de faux investissements. Selon les Nations unies, ces réseaux criminels généreraient près de 40 milliards de dollars de revenus annuels. La télévision d’État a récemment diffusé des images montrant la destruction de bâtiments liés à ces opérations, afin d’illustrer la fermeté affichée par la junte.
Des observateurs restent toutefois sceptiques quant à l’efficacité réelle de cette campagne. Des critiques estiment que les cerveaux des réseaux continuent d’opérer ailleurs et soulignent le rôle ambigu de certaines milices ethniques influentes dans la région de Myawaddy. La Force de garde-frontière, alliée à l’armée, revendique sa participation à la répression, tout en étant accusée par le passé d’avoir protégé des centres d’escroquerie, ce qu’elle dément.
Les autorités militaires assurent vouloir poursuivre la lutte contre les arnaques en ligne et le jeu illégal, tout en pressant les gouvernements étrangers d’accélérer le rapatriement de leurs ressortissants. En attendant, la situation humanitaire et sécuritaire de ces détenus reste un défi majeur pour un pays déjà en proie à de profondes crises politiques et économiques.