Afghanistan - la faim et l’endettement généralisés bloquent toute reprise économique, selon l’ONU (AP)
Afghanistan - la faim et l’endettement généralisés bloquent toute reprise économique, selon l’ONU (AP)

La situation économique en Afghanistan demeure désespérée, avec neuf ménages sur dix contraints de sauter des repas, de vendre leurs biens ou de s’endetter pour survivre, selon un rapport alarmant publié mercredi par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Plus de quatre ans après la reprise du pouvoir par les talibans, le pays reste plongé dans une crise humanitaire et économique sans précédent, aggravée par des catastrophes naturelles et par le retour massif de réfugiés.

Depuis 2023, plus de 4,5 millions d’Afghans ont été rapatriés, principalement d’Iran et du Pakistan, soit une hausse de 10 % de la population nationale. Ces retours, souvent forcés, exercent une pression insoutenable sur une économie déjà exsangue. Le PNUD estime que près de la moitié des personnes revenues ont dû renoncer à des soins médicaux pour pouvoir acheter de la nourriture, tandis que 45 % d’entre elles dépendent désormais d’eau issue de sources non protégées.

Les catastrophes naturelles de ces derniers mois ont encore fragilisé le pays : tremblements de terre, inondations et sécheresse ont détruit près de 8 000 maisons. Dans les zones les plus touchées, les infrastructures publiques sont débordées : un enseignant doit parfois s’occuper de 70 à 100 élèves, 30 % des enfants travaillent pour subvenir aux besoins familiaux et le taux de chômage des rapatriés atteint 95 %. Les loyers ont triplé tandis que le revenu mensuel moyen stagne à moins de 100 dollars.

Près de 90 % des familles afghanes sont désormais endettées, avec des dettes oscillant entre 373 et 900 dollars, soit jusqu’à cinq fois leur revenu mensuel. Le PNUD avertit que, sans un soutien international immédiat, les crises de pauvreté, de migration et d’exclusion sociale s’aggraveront encore. Les promesses de dons ont chuté depuis 2021 et ne couvrent qu’une fraction des 3,1 milliards de dollars nécessaires au plan humanitaire annuel de l’ONU.

Face à cette urgence, le gouvernement taliban a lancé un appel à l’aide internationale après le séisme meurtrier de septembre. Kaboul s’est également insurgée contre les expulsions massives d’Afghans par le Pakistan, affirmant être « profondément préoccupée » par les conditions de ces retours forcés. Les autorités n’ont toutefois pas répondu aux demandes de précisions des Nations Unies sur leurs politiques de soutien aux rapatriés.

La crise frappe particulièrement les femmes. La part des femmes dans la population active est tombée à 6 %, l’un des taux les plus faibles au monde. Les restrictions imposées par le régime taliban sur les déplacements féminins rendent pratiquement impossible l’accès à l’emploi, à l’éducation et aux soins pour les femmes chefs de famille. Dans certaines provinces, un ménage sur quatre dépend pourtant du revenu d’une femme.

« Exclure les femmes du travail humanitaire de première ligne revient à priver de services essentiels ceux qui en ont le plus besoin », a déclaré Kanni Wignaraja, directrice régionale du PNUD pour l’Asie et le Pacifique. L’organisation appelle les talibans à allouer davantage de ressources et exhorte les donateurs à lever les restrictions empêchant le personnel féminin d’agir sur le terrain. Sans un tel changement, conclut le rapport, la spirale de la faim, de la dette et de la misère risque d’engloutir durablement l’Afghanistan.

Que retenir rapidement ?

La situation économique en Afghanistan demeure désespérée, avec neuf ménages sur dix contraints de sauter des repas, de vendre leurs biens ou de s’endetter

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