L’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique a rendu une décision concernant l’émission Quelle époque, animée par Léa Salamé et diffusée sur France 2 le 11 mai dernier. Le régulateur audiovisuel y pointe des insuffisances en matière de présentation de l’information et de traitement éditorial, tout en écartant l’hypothèse d’une sanction à l’encontre de la chaîne publique.
Une identification jugée insuffisamment précise d’un intervenant
Au cœur de la décision figure la venue de Raphaël Pitti sur le plateau de l’émission. Celui-ci a été introduit auprès des téléspectateurs sous la seule appellation de « médecin humanitaire ». L’ARCOM considère que cette désignation ne reflétait pas l’ensemble de son parcours et de ses engagements publics. Raphaël Pitti exerce en effet des responsabilités politiques locales en tant que conseiller municipal à Metz et a également été candidat aux élections législatives dans la 5ᵉ circonscription de la Moselle. Il est par ailleurs engagé politiquement et proche de Raphaël Glucksmann.
Selon le régulateur, cette présentation partielle n’a pas permis au public d’appréhender pleinement le cadre dans lequel s’inscrivaient ses prises de parole, ce qui pose un problème au regard des exigences d’honnêteté et de rigueur imposées aux éditeurs de services audiovisuels, en particulier au service public.
La comparaison de Gaza avec Auschwitz par Ardisson a créé la polémique
La séquence mise en cause comportait également des propos tenus par Raphaël Pitti et Thierry Ardisson, comparant les images d’enfants souffrant de la faim à Gaza à celles des camps de concentration et d’extermination de la Seconde Guerre mondiale. Cette analogie a suscité une forte émotion et de nombreuses réactions, en raison de sa portée symbolique et historique.
L’ARCOM relève que cette comparaison n’a pas été accompagnée d’éléments de contextualisation ou de mise en perspective de la part des intervenants ou de l’animation en plateau, ce qui a contribué à renforcer la sensibilité de la séquence et les incompréhensions qu’elle a pu provoquer.
Une absence de sanction qui interroge
Dans sa décision, l’ARCOM a pris acte des excuses formulées par France 2 lors de l’émission suivante, rappelant simplement à l’ordre la chaîne sur ses obligations en matière d’information et de modération éditoriale. Le régulateur insiste sur la nécessité d’une vigilance renforcée lorsque des débats portent sur des sujets historiques, politiques ou géopolitiques d’une particulière gravité. Mais bizarrement (ou pas…), aucune sanction contre la chaîne du service public…
Découvrez ici le communiqué de l’Arcom :
« L’Arcom a été alertée à la suite d’une séquence de l’émission Quelle époque !, diffusée le 11 mai 2025 sur France 2, durant laquelle Raphaël Pitti, médecin humanitaire, et Thierry Ardisson ont comparé les images des enfants affamés à Gaza à celles des camps de concentration et d’extermination pendant la Seconde Guerre mondiale.
Elle a constaté que la présentation à l’antenne de Raphaël Pitti, désigné en sa seule qualité de médecin humanitaire, alors qu’il occupe le poste de conseiller municipal à Metz (57) et a été candidat aux élections législatives dans la 5e circonscription, ne satisfaisait pas pleinement aux exigences d’honnêteté et de rigueur de l’information qui qui incombent à la chaine.
En conséquence, elle a rappelé à l’éditeur du service la nécessité de donner aux téléspectateurs toute précision utile à la parfaite compréhension de la qualité des intervenants à l’antenne et à la portée de leurs propos.
Par ailleurs, l’Arcom a fait part à la chaine du vif émoi suscité par la comparaison effectuée lors de la séquence en cause, laquelle n’a pas été contextualisée ou mise en perspective par les personnes présentes en plateau.
Si elle a noté les excuses circonstanciées formulées par la chaîne lors de l’émission suivante, l’Arcom lui a toutefois demandé de faire preuve, à l’avenir, d’une vigilance accrue sur la modération requise lors de la diffusion de débats portant sur des sujets d’une telle sensibilité. »