EXCLU - Laurent de Funès, petit-fils de Louis de Funès: "Porter ce nom, c'est glissant. C’est comme grimper l’Everest en tong et en short, et sans guide !"
EXCLU - Laurent de Funès, petit-fils de Louis de Funès: "Porter ce nom, c'est glissant. C’est comme grimper l’Everest en tong et en short, et sans guide !"

Par Jérôme Goulon.

Laurent de Funès est à l’affiche de Pfiou-Pfiou, une pièce d’Olivier Martinez actuellement jouée à Paris, à La Scène parisienne. Dans cette comédie déjantée, il incarne un univers où tout bascule en à peine 24 heures. Ludo, le personnage principal, se retrouve ruiné, pacsé malgré lui et brutalement rattrapé par son passé. Très vite, tout s’effondre autour de lui. Moderne, rythmée et résolument hilarante, Pfiou Pfiou est une comédie parodique aussi absurde qu’irrévérencieuse. La pièce massacre joyeusement le théâtre, les sitcoms et le bon goût, dans un rythme effréné qui promet au public une soirée aussi folle qu’efficace. À l’occasion de cette pièce, Laurent de Funès se confie sur cette aventure théâtrale débridée, mais aussi sur son illustre grand-père, Louis de Funès, dont l’ombre et l’héritage continuent de marquer profondément le paysage culturel français.

Jérôme Goulon : Vous êtes actuellement à l’affiche de la pièce Pfiou-Pfiou. Parlez-nous de cette comédie…
Laurent de Funès : Cette pièce raconte l’histoire d’un type, qui est un peu escroc, interprété par Olivier Martinez, l’auteur, et qui finit par ruiner son amie, (Ludo, que joue Gilbert Diaz) qui était censée être riche à la mort de sa mère. Il lui a fait perdre tout son argent. La seule solution qu’il a pour toucher le pactole, parce qu’il touche toujours 20% sur tout ce que son amie gagne, c’est de la pacser, conformément aux volontés de la mère, qui voulait qu’elle soit mariée pour pouvoir récupérer le reste de la fortune. Et bien évidemment, tout va partir totalement en vrille. C’est le principe des comédies.

Comment vous pourriez décrire cette pièce ?
C’est loufoque, totalement burlesque et décalé. On se rend compte tout au long de la pièce que tout va partir en vrille. Le pacsé ne sera pas celui attendu mais un personnage haut en couleur interprété par l’excellent Maxime Van Laer. Une michetonneuse qui tente de mettre la main sur le pognon de ce pauvre Ludo qui n’y voir que du feu, là c’est la pétillante Jessica Mompiou qui joue ce rôle avec beaucoup d’énergie, et sans oublier celle qui met le feu à la finale à toute cette petite bande d’escrocs, dans le rôle de la notaire un peu hystérique, j’ai nommé la truculente Delphine Saroli.

Alors justement, en parlant de loufoque, votre personnage est assez cocasse. Vous portez un magnifique tablier rose et des gants Mapa. Vous jouez le concierge ?
Oui, on va dire que c’est un personnage un peu étrange, mais qui est en fait une sorte d’espion, l’espion de la patronne décédée. C’est un fil rouge qui apparaît tout au long de la pièce. C’est un personnage très burlesque. C’est un peu la mouche du coche. Il y a moins de dialogue, mais beaucoup de présence physique, de jeu dans les regards et les gestuels, dans les postures. Quand elle vient piquer, elle pique vraiment les personnages. C’est un personnage très amusant à jouer.

Peut-on dire que cette pièce est une sorte de parodie ?
Oui, c’est vraiment une parodie. Il y a des gens qui vont dire que c’est un peu gros, mais c’est volontairement assumé. D’ailleurs, au début de la pièce, les gens se posent la question : «Qu’est-ce que c’est que ce truc loufoque?» Et puis après, ils se mettent vraiment à rire, parce qu’ils voient bien que tout est assumé et volontaire: les gags, les postures, tout ça. Même moi, en concierge, habillé avec des boucles d’oreilles et collant de couleur vive et mon accent espagnol, c’est assez comique, on va dire.

Pfiou Pfiou – Générale De Presse
Laurent de Funès joue le concierge dans la pièce Pfiou-Pfiou. (@Clément Monnoyeur)

Ce concierge est un personnage clé dans cette comédie. Il vous a plu tout de suite en lisant le texte ?
J’ai relu Oscar deux fois il n’y a pas si longtemps, pour comprendre les mécaniques du rire. Et effectivement, lorsqu’on lit Oscar, on ne se marre pas à toute les pages. C’est une belle mécanique bien huilée qui donne la place à l’interprétation. Ce qui est drôle, ce n’est pas tant la dramaturgie qui est bien ficelée : c’est plutôt la façon dont c’est joué, comment c’est mis en scène. Mon grand-père le jouait fabuleusement bien, c’est ce qui a amené la notoriété d’Oscar. Quand il l’a reprise en main, ça a tout changé. Donc pour vous répondre, à la lecture, une pièce peut sembler neutre au premier abord. Il faut vraiment aller chercher dans l’imaginaire ce que ça peut donner sur un plateau…

Qu’est-ce que vous aimeriez que le public en sortant de Pfiou-Pfiou ?
Dimanche dernier, quand je l’ai joué et que le public s’est vraiment marré, il y a quelqu’un qui est venu nous voir en sortant et qui nous a dit :«On s’est bien marrés.» Voilà. «On s’est bien marrés.» C’est ça qu’on aime entendre. C’est très simple. C’est une grosse valse sur scène, c’est un délire et on voit que les comédiens sont bien ensemble et s’amusent. C’est une pièce pour se détendre.

« La pression de ce nom de famille ne vous conditionne pas forcément à aller dans la même direction. Vous avez un monstre, et puis les autres. »

Parlons un peu de vous. Avant de faire de la comédie, vous étiez dans la pub et la communication. Comment le théâtre est-il arrivé dans votre vie ?
En fait, le théâtre m’attirait déjà quand j’étais môme. Récemment, une amie m’a dit : «Tu sais, je ne suis pas étonnée que tu te mettes au théâtre, parce que quand tu étais gamin, tu montais toujours un truc, tu improvisais, et on sentait que d’un seul coup, tu sortais de tes gonds. Toi qui es un garçon si timide, sur le plateau, tu n’étais plus le même.» Et j’avais oublié tout ça. Mais il faut dire aussi que la pression de ce nom de famille ne vous conditionne pas forcément à aller dans la même direction. Vous avez un monstre, et puis les autres. Donc j’ai fait ma vie dans les Arts graphiques, la photographie, puis j’ai créé une agence de Publicité. Pendant 20 ans, j’ai eu du succès dans mon métier, je me suis bien éclaté.

Mais alors, quel a été le déclic pour réellement vous lancer ?
Un jour, dans une période un peu funeste de ma vie, le décès de mon jeune frère m’a permis de prendre conscience que la vie peut être plus courte que prévue, que tout peut s’arrêter du jour au lendemain. Mon frère me disait : «Je pars sans avoir jamais pu faire ce que j’avais réellement envie de faire. » Ça, ça a été un très gros déclic chez moi. Je me suis alors dit : «Bon, la deuxième partie de ma vie, je vais décider comment je veux la remplir.» C’est une prise de risque importante, on le sait, mais en même temps la vie elle-même est une prise de risques. Vous savez, il y a les rivières tumultueuses qui coulent et se frayent un chemin au travers les roches et finissent par arriver à bon port, et puis il y a les grands lacs, qui bougent peu. Moi, je ne suis pas un lac immobile. Quand ça gigote un peu, cela ne me déplait pas.

Être le petit-fils de Louis de Funès, c’est une chance, un poids, ou les deux à la fois ?
Ça dépend des circonstances. Quand j’étais jeune, il n’y avait pas tous ces médias, mais on était quand même exposés, donc c’était un peu compliqué de son vivant. J’étais un garçon très réservé, donc il a fallu faire avec ça et j’ai fait mon chemin, avec succès. À un moment donné, je me suis dit que j’avais envie de franchir le cap : de faire ce que j’avais envie de faire depuis mon enfance et qui était resté enfoui. Alors oui, cela peut-être lourd d’avoir ce nom dans ce milieu. C’est un peu comme si tu voulais grimper l’Everest en tong et en short, et sans guide ! C’est glissant. Parfois ça aide, parfois ça n’aide pas, mais je crois qu’il faut ne pas y prêter trop attention. Facile à dire. J’ai toujours remarqué que les gens qui fonçaient, qui ne s’occupaient pas trop du regard des autres, réussissaient plus que ceux qui s’occupaient sans arrêt de savoir si, oui ou non, celui d’en face allait acquiescer ce que vous faites.

Il y a un petit parallèle amusant qu’on peut faire entre vous et votre grand-père, Louis de Funès: il a connu le succès dans la comédie assez tard…
Oui. C’est vrai. J’ai même appris une confidence qu’il avait fait à mon père. Il lui avait dit : « Tu sais, je crois vais arrêter. » Mon père lui a répondu : « Comment ça, tu vas arrêter ? » Il lui a rétorqué : « Je crois que je vais arrêter le cinéma, j’en peux plus, j’en ai marre, ce métier, je rame. Tu ne peux pas savoir les concessions que je fais, les efforts que je fais. » C’est incroyable, cette réflexion. Et au moment où il n’y croyait plus , son travail a finalement été reconnu du public. Avant le succès, il y a eu pas mal de désespoir, la critique n’a jamais été tendre avec lui. C’était très dur. Il en parlait souvent. Il disait que ça le minait.

Ça l’angoissait ?
Il avait une peur terrible à chaque fois qu’un film sortait, il allait se mettre dans les salles, en se cachant pour voir si le public riait, c’était son indicateur le plus fiable. Il fallait aussi qu’il ait notre avis. Il voulait nous avoir au téléphone pour savoir si on avait aimé ou pas. Mais il était terrorisé par les professionnels, qui étaient très mauvais juges à son sujet. À l’époque, des journaux le massacrait. C’était dur.

En parlant de lui, quel genre de grand-père Louis de Funès tait-il ?
Comme je l’ai déjà dit dans une précédente interview, c’était un grand-père normal. Mais mes propos ont été déformés par un pigiste qui l’a repris dans un autre magazine, pour faire du Putaclic, c’est très tendance. Ils se permettent de déformer pour générer du buzz. Donc non, mon grand-père  n’était pas quelqu’un « d’ordinaire » comme ils l’ont écrit de travers : c’était quelqu’un de normal. Nuance. Il ne venait pas à la maison en faisant du cinéma. Vous voyez ce que je veux dire ? C’est ça, la nuance. Donc voilà, la réponse est là : il était un grand-père normal, c’est-à-dire à l’écoute.

Être à l’écoute, c’est déjà une belle qualité…
Oui. Ce n’est pas le cas de tout le monde. Il s’inquiétait toujours de savoir ce qu’on aimait. Il adorait un truc, c’est quand on récitait des fables de La Fontaine. Ça, c’était son plaisir. Ce sont des petits souvenirs comme ça qui m’ont marqués. J’étais môme ! D’ailleurs, il avait enregistré un disque de La Fontaine. Je l’ai toujours. Et en souvenir de ça, j’ai aussi enregistré des fables et des contes pour enfants Ça me tenait à cœur de faire ça, en mémoire de lui. Et puis j’adore La Fontaine pour la morale qu’il distille au travers ses Fables. On y retrouve toutes les couches sociales et ses mesquineries…

« Sans Gérard Oury, Louis de Funès ne serait peut-être pas devenu de Funès. »

Parmi tous les films de votre grand-père, quel est votre préféré ?
J’aime beaucoup La Folie des grandeurs. La première demi-heure, c’est époustouflant, tellement ça va vite. Tous les films de Gérard Oury sont plaisants à voir, parce qu’ils sont bien écrits. Ils sont riches. Ça va très vite, il n’y a pas de temps mort. C’est un cinéma à l’Américaine, dans le bons sens du terme. Le montage est efficace, c’est rythmé. Ils s’étaient bien trouvés, tous les deux. Sans Gérard Oury, Louis de Funès ne serait peut-être pas devenu de Funès… et inversement. L’accord parfait.

Comment expliquez-vous le fait que ces films soient aussi populaires des décennies plus tard ?
La réponse vient de mon grand-père. Mon père qui lui avait posé la question, et il avait répondu quelque chose d’assez étonnant : « Je fais attention à quelque chose : je suis toujours au premier degré dans la compréhension de mes gags, toujours le premier degré, pas de deuxième degré. » Il voulait que chaque gag qu’il faisait soit compris de tous. Universel. Son humour est intergénérationnel et trans-national.

Après la pièce Pfiou-Pfiou, quels sont vos prochains projets ?
Je viens de terminer d’écrire un film, un huis clos sur la société d’aujourd’hui et ses travers, notamment le wokisme. J’ai normalement, si tout va bien, un film ou j’ai un rôle principal qui sort en France pour Noël 2026…

Le wokisme, ça vous agace ?
Le wokisme est né à travers des choses qui l’ont probablement généré dans le passé. Et comme toute réaction menée par des gens excessifs, il est violent. Il faut détricoter tout ça, analyser les causes, et ne pas penser que les seuls responsables sont ceux qui le pratiquent aujourd’hui. On a une part de responsabilité, et il faut savoir la regarder, mais renier son passé est une erreur. Le passé nous aide à voir clair dans l’avenir.

C’est quand même difficile de juger une époque depuis une autre époque…
Oui, il faut éviter ça. À aucun moment je ne juge le passé avec la morale d’aujourd’hui. C’est impossible. Le passé , il faut le laisser tel qu’il est et qu’il nous serve pour construire un avenir meilleur. Ça va se calmer. Tout le monde va retrouver des terrains apaisés. Du moins, c’est ce que je souhaite.

Vous disiez tout à l’heure ne rien vouloir regretter. Quelle serait votre consécration ultime, après laquelle vous pourriez dire «Maintenant que j’ai fait ça, je peux mourir tranquille.»
C’est une question très prématurée. Je n’ai pas encore fait tout ce que j’ai envie de faire. J’ai envie de me tester à plein de choses, et pas forcément dans les pas de mon grand-père, parce que l’époque a changé. J’ai déjà écrit deux longs métrages qui n’ont pas encore vu le jour, car la distribution en France est très compliquée.

Que vous avez vous-même subi ?
Nous avions avec un producteur, réuni un très beau plateau, sur un film d’aventure. Beaucoup d’acteurs connus, nous avaient répondu favorablement . Mais on n’a pas réussi à monter le film, la distribution n’a pas suivi.

Et de quoi parlait ce film ?
C’était un film d’aventure, qui débutait au temps de la piraterie et revenait au XXIe siècle. Un personnage central maléfique qui traversait les siècles et les descendant touchés par le drame qui s’était noué au début du XIX ème siècle, le destin les faisait tous se recroiser sans se reconnaître au début, mais attirés de façon magnétique, par cette force qui œuvrait depuis ce drame, pour résoudre entre autre une histoire d’amour détruite à coups de canons, le vol d’une émeraude aux pouvoirs de transmutation et dont les conséquences seraient catastrophiques si elle devait tomber dans les mains de celui qui la traquait depuis plus de 200 ans, entrainant une malédiction telle la huitième plaie d’Égypte qui s’abattrait sur le Monde pour les siècles à venir. Des décors et des scènes incroyables avec des situations très drôles, des personnages très cartoonesques, en commençant par de la piraterie dans les iles caraïbes, de cet amour détruit et qui ne demandait qu’à renaître deux siècles plus tard, des scènes de combats épiques dans un château perdu dans les brumes des Carpathes, voilà en résumé ce dont il s’agissait.

« J’ai écrit le synopsis d’une suite de Hibernatus, mais moderne. Je l’ai présenté à Luc Besson. »

Ça donne envie que ce projet aille au bout !
Oui, je l’ai toujours dans mes cartons. J’ai aussi écrit le synopsis d’une suite de Hibernatus, mais moderne. Je l’ai présenté à Luc Besson, qui avait beaucoup aimé. Il m’a même appelé un jour où j’étais en vacances et il m’a dit : «Il faut que je te vois à Paris.» Je suis allé le voir, je lui ai montré ce synopsis. J’ai écrit des tas de choses qui, aujourd’hui, seraient bankables. Peut-être que je l’ai fait trop tôt. Le bon timing c’est important.

Le milieu du cinéma est verrouillé en France ?
L’un des plus grands agents de la place de Paris a déclaré qu’il trouvait domage qu’en France, 10 artistes, toujours les mêmes, soient à l’écran, pendant que 12 000 acteurs crevaient de faim. Il a évidemment raison, mais le marché c’est le marché et luter contre ça c’est compliqué. Il est difficile pour les acteurs de trouver un agent et encore plus du boulot.  Cette thématique, c’était d’ailleurs un peu l’objet de mon seul-en-scène. Au début de mon spectacle, je monte sur scène, je suis au téléphone avec un agent, et il me raccroche au nez en me disant : «Pour le moment, nous ne cherchons pas de nouveaux talents.» À un moment donné, j’ai répondu : «Ça tombe bien, je n’en ai pas du tout. Alors, on se voit quand ?»

C’est ce que vous avez vécu ?
C’est réel. C’est comme ça que ça se passe en France. Le milieu du cinéma est très fermé. On aimerait bien voir d’autres talents émerger, qu’on leur donne leur chance. Et pas forcément que des jeunes. Il y a aussi des plus âgés qui sont fabuleux. Je pourrais en citer plein. Je vois des acteurs qui ont de petits rôles mais qui sont des acteurs excellents. Mais c’est comme ça. Heureusement le spectacle vivant est encore là pour un moment avec toute sa diversité et il faut l’encourager en allant au théâtre. C’est vital pour les artistes qui se donnent beaucoup de mal avec talents, testent des nouvelles choses, nous font vivre des émotions en direct.

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