Trump utilise son second mandat pour transformer l’appareil d’État en instrument de règlements de comptes @AP
Trump utilise son second mandat pour transformer l’appareil d’État en instrument de règlements de comptes @AP

Sept mois après son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump a accumulé un arsenal de pouvoirs présidentiels qu’il déploie contre universités, médias, cabinets d’avocats et individus qu’il considère comme des adversaires. Celui qui s’était présenté en 2024 comme victime d’un « État profond instrumentalisé » pousse désormais plus loin encore la politisation de l’appareil fédéral, suscitant l’adhésion enthousiaste de ses partisans.

Depuis son investiture en janvier, Trump a pris des mesures inédites. Il a invoqué une loi jamais utilisée pour prendre le contrôle des forces de l’ordre à Washington et y déployer des centaines d’agents fédéraux et militaires. Il a menacé d’étendre ces interventions à d’autres grandes villes démocrates. Il a limogé un gouverneur de la Réserve fédérale en brandissant des accusations non étayées de fraude et n’a pas hésité à écarter des fonctionnaires ou procureurs impliqués dans des affaires le concernant.

Le président a également utilisé son pouvoir de manière ciblée : menaces de bloquer le projet de stade de l’équipe de football des Commanders s’ils ne reprenaient pas leur ancien nom controversé, révocations d’autorisations de sécurité pour des avocats jugés hostiles, retrait de fonds de recherche fédéraux à plusieurs universités de renom. Sous pression, certaines institutions ont cédé : Columbia a accepté un règlement de 220 millions de dollars, l’Université de Pennsylvanie a annulé des records établis par la nageuse transgenre Lia Thomas, et des dirigeants de Virginia et Northwestern ont démissionné.

Parallèlement, le département de la Justice dirigé par son alliée Pam Bondi a convoqué un grand jury pour réexaminer les origines de l’enquête Trump-Russie et a ouvert une procédure visant la procureure de New York, Letitia James, ainsi que le sénateur démocrate Adam Schiff. Trump a aussi obtenu des règlements financiers auprès de médias qu’il poursuivait, malgré la faiblesse juridique apparente de ces plaintes.

Pour ses partisans, il ne s’agit pas d’« instrumentalisation » mais d’une utilisation légitime du pouvoir présidentiel. « Ce que le pays voit, c’est l’exécution de l’administration la plus conséquente de l’histoire américaine », affirme un porte-parole de la Maison-Blanche.

Cette dynamique s’appuie sur la loyauté d’une base électorale solide, un Congrès et une Cour suprême qui laissent au président une large marge de manœuvre, et des institutions promptes à négocier. Trump a ainsi neutralisé de nombreux garde-fous institutionnels qui avaient freiné ses ambitions lors de son premier mandat.

Ironie du parcours : celui qui avait fait campagne contre l’« instrumentalisation » de l’État s’en sert désormais ouvertement. Après avoir affirmé dans son discours inaugural qu’il y mettait fin, il a rapidement signé des décrets et mémorandums visant ses adversaires politiques, illustrant un virage assumé vers l’utilisation de l’appareil fédéral pour solder ses comptes.

Dans ce second mandat, Trump n’est plus entouré de conseillers soucieux des traditions et des limites légales : son instinct d’agir de manière offensive trouve désormais peu de contre-pouvoirs.

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