Indignation en Irlande du Nord après l’incendie d’effigies de réfugiés sur un feu de joie loyaliste
Indignation en Irlande du Nord après l’incendie d’effigies de réfugiés sur un feu de joie loyaliste

Un feu de joie allumé jeudi soir à Moygashel, dans le comté de Tyrone, en Irlande du Nord, a suscité une vague de condamnations après qu’une maquette représentant des réfugiés en mer a été placée au sommet du bûcher avant d’être brûlée. L’installation, perçue comme un acte de haine, survient quelques semaines après des attaques contre des logements de migrants dans la région, ravivant les tensions autour des questions d’immigration.

Le bûcher, constitué d’une cinquantaine de palettes en bois, était surmonté d’un petit bateau contenant huit mannequins affublés de gilets de sauvetage, à côté d’un drapeau irlandais. Deux banderoles fixées à la structure affichaient les slogans : « Stop aux bateaux » et « Les vétérans avant les réfugiés ». Un orchestre de cornemuses a joué tandis qu’un feu d’artifice était tiré peu avant l’embrasement, sous les regards d’une foule nombreuse.

L’incident a immédiatement provoqué une réaction unanime de la classe politique nord-irlandaise. Colm Gildernew, élu du Sinn Féin, a qualifié l’acte de « déplorable » et d’« incitation claire à la haine ». Mike Nesbitt, chef du Parti unioniste d’Ulster et actuel ministre régional de la Santé, a exprimé sa réprobation sans réserve, appelant à retirer les effigies avant que le feu ne soit allumé. « Cette image est écœurante, déplorable et totalement en décalage avec ce qui est censé être une célébration culturelle », a-t-il écrit sur X (anciennement Twitter).

Les feux de joie du 11 juillet sont une tradition enracinée dans les communautés protestantes loyalistes d’Irlande du Nord. Ils marquent la victoire de Guillaume d’Orange sur le roi catholique Jacques II à la bataille de la Boyne en 1690. Cependant, ces manifestations sont régulièrement critiquées lorsqu’elles deviennent des exutoires pour des messages sectaires ou racistes.

La police nord-irlandaise a confirmé l’ouverture d’une enquête, qualifiant l’incident de « potentiellement haineux » et appelant à la vigilance dans un climat déjà tendu. Aucun trouble à l’ordre public n’a été signalé sur place, mais les autorités craignent une amplification des tensions communautaires.

Cet acte survient dans un contexte plus large de crispations autour de l’immigration au Royaume-Uni. Les slogans apposés sur le bûcher font écho à la rhétorique employée par certains mouvements politiques britanniques hostiles aux réfugiés, notamment autour de la question des traversées de la Manche. En Irlande du Nord, cette instrumentalisation identitaire de la crise migratoire divise profondément une société encore marquée par les séquelles des conflits communautaires.

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