Médecins libéraux en grève dès aujourd’hui, une fronde contre le budget de la Sécurité sociale
Médecins libéraux en grève dès aujourd’hui, une fronde contre le budget de la Sécurité sociale

À partir du 5 janvier et jusqu’au 15 janvier, les cabinets de nombreux médecins libéraux fonctionneront au ralenti, voire portes closes. Généralistes, spécialistes, internes et jeunes praticiens ont décidé d’un mouvement de grève inédit par son ampleur, en réaction au budget de la Sécurité sociale pour 2026 et à une accumulation de réformes perçues comme hostiles à l’exercice libéral. Les syndicats dénoncent une méthode jugée autoritaire et une remise en cause progressive de leur autonomie professionnelle. Cette mobilisation intervient après l’adoption définitive, le 16 décembre, de la loi de financement de la Sécurité sociale. Les organisations représentatives estiment que ce texte marque un tournant dans les relations entre l’État et la médecine de ville, avec une succession de mesures qu’elles interprètent comme des sanctions déguisées. En quelques semaines, plus de 14 000 praticiens se sont déjà déclarés grévistes sur les plateformes syndicales, signe d’un malaise profond et largement partagé.

Budget, contrôle et pression économique au cœur de la colère

Le premier point de crispation concerne le dossier médical partagé. Initialement, le texte prévoyait des pénalités financières pour les médecins n’utilisant pas cet outil numérique, censé améliorer la coordination des soins. Même si cette disposition a finalement été censurée par le Conseil constitutionnel, elle a laissé une trace durable. Beaucoup de praticiens dénoncent un logiciel peu ergonomique, chronophage et encore largement incomplet, imposé sans réelle concertation. Autre sujet explosif, la gestion des tarifs des actes médicaux. La loi laisse la possibilité à l’Assurance-maladie de revoir unilatéralement le niveau de remboursement de certains actes techniques. Les syndicats y voient une menace directe sur l’équilibre économique des cabinets, déjà fragilisés par l’inflation, la hausse des charges et les difficultés de recrutement. Cette faculté de décision sans négociation est vécue comme une rupture avec le principe conventionnel qui structure la médecine libérale depuis des décennies. Le budget prévoit également la fin du remboursement des soins prescrits par des médecins non conventionnés à compter de 2027. Pour les organisations professionnelles, cette mesure pénalise avant tout les patients, en créant une médecine à plusieurs vitesses et en renforçant les renoncements aux soins, sans garantir de véritables économies pour les finances publiques. À ces griefs s’ajoute le projet de loi contre la fraude, qui prévoit de placer sous objectifs les médecins prescrivant plus d’arrêts maladie que leurs confrères dits comparables. Les syndicats redoutent une médecine défensive, dans laquelle la peur de sanctions financières conduirait à limiter des prescriptions pourtant médicalement justifiées.

Liberté d’installation et fracture durable avec l’État

Au-delà des aspects budgétaires, le mouvement s’inscrit dans un climat de défiance plus large. Les propositions visant à restreindre la liberté d’installation des médecins, régulièrement évoquées au Parlement pour lutter contre les déserts médicaux, cristallisent une opposition ancienne. Les praticiens estiment que ces projets reposent sur une logique coercitive inefficace, qui risque d’aggraver la désaffection pour l’exercice libéral, notamment chez les jeunes diplômés. Face à cette fronde, la ministre de la Santé a tenté d’apaiser les tensions en affirmant vouloir gouverner avec l’ensemble du corps médical et non contre lui. Mais sur le terrain, ces déclarations peinent à convaincre. Pour de nombreux médecins, la succession de textes, de contrôles et de contraintes traduit une perte de confiance structurelle, bien plus qu’un simple désaccord ponctuel. La grève de janvier s’annonce donc comme un signal d’alarme. Elle ne se limite pas à une contestation salariale, mais révèle une fracture profonde sur la vision de l’organisation des soins en France. Derrière la fermeture temporaire de cabinets, c’est l’avenir même de la médecine libérale qui se retrouve au centre du débat.

Partager