Le gouvernement britannique prévoit un vaste durcissement de son système d’asile, inspiré du modèle danois, dans l’espoir de réduire l’immigration et d’apaiser la tempête politique provoquée par les traversées illégales de la Manche. La ministre de l’Intérieur, Shabana Mahmood, doit présenter lundi à la Chambre des communes une série de mesures destinées à rendre le pays moins attractif pour ceux qui cherchent refuge et à faciliter l’expulsion des personnes ne remplissant pas les critères de protection.
Mahmood a qualifié cette réforme de mission morale, affirmant vouloir rétablir le contrôle des frontières et rassembler un pays divisé. Elle a rejeté l’idée que le Parti travailliste adopte des positions proches de l’extrême droite, malgré la montée du parti populiste Reform UK. Selon elle, les Britanniques perçoivent une pression grandissante dans leurs communautés et un système « brisé », dans lequel certains parviennent à contourner les règles en toute impunité.
Ce nouveau plan survient après l’échec de multiples tentatives pour stopper les arrivées par petites embarcations, notamment le projet de l’ancien gouvernement conservateur d’envoyer les demandeurs d’asile au Rwanda, finalement abandonné. Plus de 39 000 migrants ont atteint les côtes britanniques cette année, dépassant déjà le total de 2024, même si ces arrivées ne représentent qu’une petite partie de l’immigration globale. Le solde migratoire a fortement diminué, passant de 860 000 personnes à l’été 2024 à 431 000 un an plus tard, en raison notamment du reflux des arrivées liées à la guerre en Ukraine et aux départs de Hong Kong.
Les tensions ont explosé cet été, lorsque des manifestations parfois violentes ont éclaté devant des hôtels hébergeant des demandeurs d’asile, après l’arrestation d’un migrant pour agression sexuelle sur une mineure. Dans ce contexte inflammable, le gouvernement prévoit de supprimer l’obligation légale – héritée d’une directive européenne – de fournir logement et allocations à certains demandeurs d’asile. Les aides pourraient être retirées à ceux qui refusent de travailler alors qu’ils en ont le droit ou à ceux qui enfreignent la loi.
La réforme prévoit également que le statut de réfugié soit réexaminé régulièrement afin de vérifier si un retour au pays d’origine est devenu possible en toute sécurité. Par ailleurs, des voies sûres devraient être ouvertes pour permettre aux migrants de déposer une demande d’asile sans entreprendre une traversée périlleuse dans des canots surchargés.
Les critiques ne manquent pas, y compris dans les rangs conservateurs. Le député Chris Philp a dénoncé un simple « replâtrage », estimant que ces mesures n’auront pas l’impact du projet rwandais abandonné. Il préconise l’expulsion systématique, sous une semaine, de tout migrant arrivant sans autorisation. Le ministère de l’Intérieur souligne pourtant que les nouvelles dispositions s’inspirent du modèle danois, qui a réduit les demandes d’asile à leur plus bas niveau depuis quarante ans et expulsé 95 % des candidats déboutés.
Longtemps considéré comme un refuge accueillant, le Danemark a imposé des restrictions sévères face à l’afflux de personnes fuyant conflits et pauvreté, suscitant de nombreuses critiques internationales. Le Royaume-Uni semble aujourd’hui suivre la même voie, alors que l’immigration reste l’un des sujets les plus sensibles de la vie politique britannique.