Les partis au pouvoir en Allemagne ont annoncé jeudi être parvenus à un compromis sur la réforme du service militaire, une mesure présentée comme essentielle à la reconstruction d’une armée affaiblie après des décennies de réduction des effectifs. L’accord, conclu entre les conservateurs du chancelier Friedrich Merz et les sociaux-démocrates, instaure un modèle hybride combinant volontariat et possibilité de conscription en cas de besoin.
Le dispositif, qui doit entrer en vigueur au début de l’année prochaine, s’appuie d’abord sur un service volontaire renforcé. Les autorités espèrent attirer un large nombre de jeunes grâce à des conditions plus attractives, dont une solde mensuelle de 2 600 euros. Tous les jeunes de 18 ans recevront un questionnaire évaluant leur intérêt pour le service militaire – une démarche obligatoire pour les hommes. Parallèlement, un système d’enregistrement automatique et de dépistage médical sera instauré, avec un démarrage prévu pour les personnes nées en 2008.
Selon le compromis, une conscription partielle pourrait être activée si le nombre de volontaires s’avère insuffisant. Cette décision nécessiterait toutefois un vote spécifique du Parlement, et les modalités exactes de l’appel obligatoire restent à définir. Cet accord intervient après de longues négociations destinées à concilier impératifs militaires et acceptabilité sociale dans un pays historiquement sensible au sujet du service militaire.
La réforme s’inscrit dans une stratégie plus vaste voulue par Friedrich Merz pour transformer la Bundeswehr en « l’armée conventionnelle la plus puissante d’Europe ». Aujourd’hui forte d’environ 182 000 soldats, elle vise un effectif de 255 000 à 270 000 militaires, auxquels s’ajouteraient 200 000 réservistes. Les tensions persistantes avec la Russie, la guerre en Ukraine et les pressions des États-Unis, qui exhortent l’Europe à prendre davantage en charge sa propre sécurité, ont accéléré cette dynamique.
Le ministre de la Défense, Boris Pistorius, avait averti dès l’année dernière que l’Allemagne devait être prête à un conflit potentiel d’ici 2029. Avant même l’arrivée au pouvoir du gouvernement Merz en mai, le Parlement avait déjà validé une réforme majeure destinée à mobiliser plusieurs milliards d’euros supplémentaires pour la défense. L’objectif déclaré est de moderniser des forces armées longtemps jugées sous-équipées et insuffisamment préparées.
Ce compromis marque ainsi une étape déterminante dans la réorganisation de la politique de défense allemande, alors que le pays s’efforce de répondre à un environnement sécuritaire jugé de plus en plus instable.