Installée depuis une semaine au BHV Marais, la première boutique physique de Shein dans le monde attire des foules considérables. Selon Frédéric Merlin, président de la Société des Grands Magasins (SGM) propriétaire du BHV, plus de 50 000 visiteurs se sont pressés devant le stand depuis son inauguration mercredi. L’enseigne chinoise, symbole de la fast fashion numérique, a pourtant ouvert dans un climat explosif, visée par plusieurs procédures judiciaires et sous la surveillance étroite du gouvernement.
Un succès immédiat malgré la controverse
Située face à l’hôtel de ville de Paris, la capsule Shein a généré un engouement impressionnant en quelques jours seulement. Frédéric Merlin s’est félicité sur Instagram d’un « panier moyen de 45 euros » et d’un taux de rebond notable, 15 % des visiteurs ayant poursuivi leurs achats dans d’autres rayons du grand magasin. L’homme d’affaires évoque déjà une extension de l’espace dédié à la marque, avec l’ajout d’une offre homme, d’un rayon enfant et d’une gamme de vêtements basiques à petits prix. Ce succès commercial intervient pourtant alors que la marque est au centre d’un scandale sans précédent. Ces dernières semaines, Shein a été accusée d’avoir mis en vente sur son site des produits illégaux, dont des poupées sexuelles à l’effigie d’enfants et des armes classées en catégorie A. Si la plateforme a depuis retiré ces articles et échappé à une suspension immédiate en France, le ministère de l’Intérieur a saisi le tribunal judiciaire de Paris pour « faire cesser les graves atteintes à l’ordre public causées par les manquements répétés de Shein ».
Un dilemme pour le BHV et le gouvernement
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a demandé un nouveau point de situation sur le dossier, prévu la semaine prochaine. Le gouvernement affirme suivre le groupe « sous surveillance rapprochée » en raison de ses pratiques commerciales et de ses importations à bas coût, soupçonnées d’échapper aux contrôles fiscaux et sanitaires européens. Pour le BHV, cette polémique tombe mal. En choisissant d’accueillir une enseigne aussi controversée, le grand magasin s’expose à une vague de critiques d’associations et de responsables politiques dénonçant une opération « cynique » face à un partenaire accusé d’exploitation de main-d’œuvre et de contournement des règles environnementales. Malgré cette pression, la direction du BHV assume son choix, arguant d’une démarche « expérimentale » visant à attirer une clientèle jeune et connectée. Entre triomphe commercial et indignation morale, le cas Shein symbolise le paradoxe d’un marché français tiraillé entre éthique et pouvoir d’achat.