Nantes, l’aéroport Nantes-Atlantique enlisé dans les contentieux selon la Cour des comptes
Nantes, l’aéroport Nantes-Atlantique enlisé dans les contentieux selon la Cour des comptes

Huit ans après l’abandon du projet de transfert vers Notre Dame des Landes, l’aéroport de Nantes Atlantique se retrouvait toujours dans une situation de blocage, à la croisée de contraintes techniques, juridiques et politiques. Dans un rapport publié le 29 novembre, la Cour des comptes soulignait les limites d’une plateforme revenue à près de sept millions de passagers annuels en 2024 sans que les travaux de modernisation promis aient été engagés. Les magistrats rappelaient que l’aéroport, enclavé au cœur de l’agglomération nantaise, fonctionnait aujourd’hui à la limite de ses capacités, avec des terminaux jugés trop exigus, une seule piste, une coactivité sur le tarmac qualifiée d’élevée et un manque chronique de stationnements entraînant des débordements dans les communes voisines. L’exploitation devenait d’autant plus délicate que seuls les travaux réglementaires et les opérations de maintenance obligatoires avaient été menés depuis 2018. La plateforme demeurait fragile face aux aléas météorologiques, de nombreux vols devant être déroutés en raison de l’axe d’approche désaxé. Ce contexte contrastait avec les objectifs affichés par l’État, qui faisait de ce site un équipement prioritaire, sans pour autant disposer du cadre contractuel stable nécessaire pour engager les investissements structurants. Le rapport mettait en avant un paradoxe juridique : bien que le décret d’octobre 2019 ait résilié la concession attribuée en 2010 à Aéroports du Grand Ouest (filiale de Vinci), cette dernière continuait de s’appliquer tant qu’un nouveau contrat n’était pas signé. L’appel d’offres lancé en 2023 ayant échoué, la prochaine attribution n’était pas attendue avant la fin de 2026, prolongeant cette situation transitoire.

Une bataille financière et un trafic en hausse malgré les contraintes

Les relations entre l’État et Vinci restaient marquées par le contentieux indemnitaire né de l’abandon du projet de Notre Dame des Landes. AGO réclamait initialement plus d’un milliard d’euros pour compenser la résiliation du contrat pour motif d’intérêt général. Le tribunal administratif avait rejeté en 2024 la demande d’indemnisation pour faute tout en reconnaissant le principe d’une éventuelle compensation limitée aux dépenses réellement engagées et à un manque à gagner à préciser. Le montant définitif demeurait incertain, la justice devant tenir compte des résultats positifs enregistrés par AGO et des perspectives d’un rôle éventuel de Vinci dans la future concession. Sur le terrain, Nantes Atlantique restait l’une des plateformes les plus dynamiques du pays, portée par un trafic domestique et européen en croissance et la présence importante des compagnies low-cost. Cette dynamique se heurtait néanmoins à l’absence de perspective claire quant à une montée en capacité. Les hypothèses de réaménagement établies en 2019 prévoyaient une capacité future de 10 à 11 millions de passagers pour un investissement d’environ 500 millions d’euros, mais ces scénarios devaient désormais être révisés au regard de l’inflation, des exigences environnementales et des arbitrages potentiels sur le plafond de mouvements.

Nuisances sonores, couvre-feu sous tension et demandes de régulation stricte

Pour limiter l’impact sonore sur les riverains, un couvre-feu entre minuit et six heures était en vigueur depuis le printemps 2022. Le dispositif s’inscrivait dans un plan plus large incluant des restrictions sur les avions bruyants et un programme de prévention du bruit. La Cour reconnaissait que les vols de nuit avaient diminué, mais relevait des manquements récurrents, avec plus de deux cents infractions recensées en 2024. Elle appelait à un bilan détaillé du couvre-feu et à une publication annuelle de l’effet réel des mesures compensatoires sur la réduction du bruit, afin d’améliorer la transparence de la régulation. De leur côté, plusieurs élus locaux estimaient que les compensations ne suffisaient plus et plaidaient pour une limitation stricte du volume d’activité. Une proposition de loi déposée à l’Assemblée prévoyait de plafonner le trafic à 56 000 mouvements annuels et de renforcer le couvre-feu en allongeant sa plage horaire. Les responsables locaux souhaitaient que la réduction des nuisances sonores devienne un critère déterminant dans la sélection du futur concessionnaire, au même niveau que les critères opérationnels et économiques. Sur l’ex-emprise de Notre Dame des Landes, la situation foncière semblait stabilisée, l’État ayant rétrocédé l’essentiel des terrains au département dans le cadre d’un projet agricole et environnemental structuré autour de baux ruraux assortis de clauses écologiques. La Cour concluait son rapport par trois recommandations : établir un bilan du couvre-feu, publier un rapport annuel sur l’impact des mesures sonores et garantir que les usages des anciennes terres de NDDL restent en cohérence avec les engagements agricoles et environnementaux fixés.

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