Des milliers de Serbes ont manifesté mardi dans les rues de Belgrade pour dénoncer une loi controversée adoptée par le Parlement, destinée à accélérer la transformation d’un ancien quartier général militaire en un complexe immobilier de luxe confié à une société d’investissement fondée par Jared Kushner, le gendre du président américain Donald Trump.
Le rassemblement a eu lieu devant le bâtiment emblématique bombardé par l’OTAN en 1999, que de nombreux habitants considèrent comme un monument historique et un symbole des victimes de la guerre du Kosovo. Les manifestants reprochent au gouvernement d’Aleksandar Vučić de céder ce site à un groupe étranger et d’agir pour plaire à Washington. « En adoptant cette loi, il cherche à s’attirer les faveurs de Trump », a déclaré Teodora Smiljanic, une manifestante de 48 ans.
Le texte, adopté vendredi sans amendements, permet à la société Affinity Global Development de Jared Kushner d’accélérer les procédures administratives pour la construction d’un ensemble mêlant hôtel, appartements, commerces et bureaux. L’opposition a dénoncé une loi inconstitutionnelle et un contrat de location de 99 ans jugé contraire à l’intérêt national.
Pour beaucoup, le projet s’inscrit dans une logique politique : la Serbie, frappée par les sanctions américaines contre la raffinerie NIS, détenue par des intérêts russes, espère que ce geste envers l’administration Trump pourrait atténuer les tensions avec Washington.
Zdravko Ponos, ancien chef d’état-major et figure de l’opposition, a accusé Vučić de « corruption diplomatique » : « Il essaie de séduire Trump pour obtenir un allègement des sanctions », a-t-il déclaré sur la chaîne N1 TV.
Malgré la contestation, le gouvernement a déjà retiré au bâtiment son statut de patrimoine culturel protégé, ouvrant la voie à sa transformation. Affinity Global Development, fondée par Kushner après son départ de la Maison Blanche en 2021, n’a pas commenté la polémique.
Cette affaire alimente la colère populaire dans un climat de méfiance croissante envers le pouvoir, déjà fragilisé par une série d’accidents et de scandales qui ont déclenché de vastes mouvements de protestation depuis un an.