Placées en redressement judiciaire depuis le 27 mai 2025, les boulangeries-pâtisseries Yvonne, nées à Rouen en 2010, ont déclenché la colère de plusieurs anciens et actuels salariés. En cause : la rémunération du dirigeant Jean-Marc Coudray, révélée à plus de 428 000 euros par an, cotisations comprises, alors que l’entreprise affiche près de 2,5 millions d’euros de dettes, principalement fiscales et sociales. Lors de l’audience devant le tribunal de commerce, les dirigeants ont attribué les difficultés financières à la crise sanitaire, à la hausse des coûts, à des mouvements sociaux et à des travaux dans la métropole. Mais ces explications passent mal auprès de ceux qui ont vécu retards de salaires et gestion jugée hasardeuse.
Entre retards de paiement et gestion décriée
Plusieurs employés, anciens apprentis ou alternants, disent avoir attendu leur paie pendant plus de deux semaines, parfois sans réponse de la hiérarchie. Certains évoquent un patron quasi invisible et une direction qui privilégiait les contrats d’apprentissage pour limiter les coûts, avec parfois dix à quinze alternants pour deux ou trois CDI dans les boutiques de Rouen. L’indignation s’est renforcée lorsqu’a été évoqué le déménagement du couple Coudray à Dubaï, cité dans une interview récente. Pour beaucoup, ce décalage entre leur situation précaire et le niveau de vie des dirigeants est devenu insupportable. Dans le jugement consulté, les magistrats ont aussi pointé un manque de rigueur administrative et comptable, ainsi qu’une progression constante des dettes sociales entre 2021 et 2023, à raison de 500 000 euros supplémentaires par an. Les 58 salariés de l’enseigne, répartis sur plusieurs établissements, s’inquiètent désormais pour l’avenir. Si le redressement judiciaire n’entraîne pas automatiquement la liquidation, l’inquiétude est réelle dans les équipes. La franchise Yvonne pourrait bien devenir, pour ses employés, le symbole amer d’un système qui tourne à vide.