BERLIN – Trois ressortissants ukrainiens ont été arrêtés en Allemagne et en Suisse pour leur implication présumée dans l’envoi de colis explosifs dans le cadre d’un vaste complot de sabotage ayant des ramifications en Europe et, potentiellement, jusqu’aux États-Unis. Selon les procureurs allemands, les suspects sont soupçonnés d’avoir agi pour le compte de services liés à l’État russe.
Les faits remontent à une série d’incendies survenus l’été dernier dans des centres logistiques au Royaume-Uni, en Allemagne et en Pologne. Ces incidents avaient éveillé les soupçons des services de renseignement européens, qui les ont rapidement liés à des actes de sabotage attribués à des agents russes dans le contexte tendu de la guerre en Ukraine.
Les trois suspects – identifiés conformément à la législation allemande sur la vie privée comme Vladyslav T., Daniil B. et Yevhen B. – auraient accepté de collaborer avec des agents d’un ou plusieurs organes de l’État russe. Vladyslav T. et Daniil B. ont été interpellés ce week-end en Allemagne, tandis que Yevhen B. a été arrêté mardi en Suisse.
Selon un communiqué du parquet fédéral, les hommes projetaient d’envoyer des colis incendiaires ou explosifs à des destinataires en Ukraine, et avaient procédé à des tests logistiques. À la fin du mois de mars, Vladyslav T. a ainsi déposé deux colis tests équipés de traceurs GPS dans un bureau de poste à Cologne, pour évaluer les itinéraires et délais de livraison. Ces colis avaient été commandés par Yevhen B. et assemblés avec l’aide de Daniil B.
Bien que les procureurs n’aient pas précisé si les colis étaient destinés à voyager par voie terrestre ou aérienne, des responsables de la sécurité cités par Reuters affirment que ces tentatives s’inscrivaient dans une manœuvre d’essai visant à provoquer des explosions à bord de vols de fret à destination des États-Unis. Moscou a rejeté ces accusations.
La société de logistique DHL a été directement affectée, notamment par un incendie suspect dans son entrepôt de Leipzig. L’entreprise a depuis renforcé ses mesures de sécurité.
En octobre dernier, le chef des services de renseignement intérieurs allemands, Thomas Haldenwang, avait évoqué devant une commission parlementaire un incident évité de justesse impliquant un colis en feu dans un avion de fret.
Ce dossier met en lumière la recrudescence des menaces hybrides en Europe, où les services de renseignement restent en alerte face aux actes de déstabilisation présumés orchestrés depuis Moscou, dans un climat de tensions internationales persistantes.