C’était un 5 décembre : La naissance du franc
C’était un 5 décembre : La naissance du franc

Le 5 décembre 1360, à Compiègne, le roi Jean II Le Bon promulgue une ordonnance qui institue une nouvelle monnaie destinée à marquer son retour de captivité : le franc. Cette pièce d’or de 3,88 grammes, représentant le souverain à cheval, est créée avant tout pour financer la colossale rançon exigée par le roi d’Angleterre Édouard III après la défaite française de Poitiers, quatre ans plus tôt. Le mot « franc » renvoie alors au symbole de la libération du roi, qui déclare dans son ordonnance : « Nous avons été délivré à plein de prison et sommes franc et délivré à toujours. » Ainsi naît une monnaie appelée à devenir l’unité de référence de la France jusqu’à l’avènement de l’euro en 2002.

Un roi libéré mais un royaume ruiné

Prisonnier depuis 1356, Jean II doit verser près de trois millions de livres tournois, soit plus de douze tonnes d’or, pour regagner la liberté. L’État est exsangue, et pour réunir une partie de cette somme, il consent à marier sa fille Isabelle au puissant mais roturier Galéas Visconti, duc de Milan, contre une dot de 600 000 livres.

Malgré ce sacrifice, le premier versement à Édouard III ne suffit pas : le roi doit s’engager à payer le solde et, pour y parvenir, lance trois ordonnances sur la route du retour. Il crée la gabelle, impôt sur le sel promis à une grande impopularité, et surtout introduit une monnaie neuve, capable de rivaliser avec les florins et de circuler largement pour mieux lever les fonds nécessaires.

Un symbole de pouvoir : le franc à cheval

La nouvelle pièce, vite surnommée franc à cheval, montre le souverain armé, galopant, paré de sa cotte d’armes fleurdelisée. Cette iconographie, inédite, forge une image martiale et souveraine à un moment où l’autorité royale traverse une crise profonde.

La monnaie, émise à la valeur d’une livre tournois, se distingue par son inscription IOHANNES DEI GRATIA FRANCORUM REX : le roi de France s’y proclame maître des Francs, renouant avec la tradition capétienne. Au revers, la croix ornée des mots « XPC vincit, XPC regnat, XPC imperat » (Le Christ vainc, règne et commande) affirme la légitimité divine de sa royauté.

Le franc connaît rapidement un succès politique et symbolique : il incarne la monarchie restaurée et une France qui tente de se relever de ses défaites.

Une monnaie appelée à durer

Après Jean II, ses successeurs adaptent et réinventent le franc :

– Charles V crée en 1365 un franc à pied, montrant le roi debout, épée au poing.

– Charles VII frappe en 1422 le dernier franc d’or médiéval portant ce nom.

À partir du XVIᵉ siècle, le terme « franc » réapparaît sous Henri III, puis sous Henri IV, qui frappe demis et quarts de francs.

Mais c’est la Révolution française qui donne au franc sa forme moderne. Par la loi du 15 août 1795, la Convention fixe définitivement son poids (5 g d’argent) et son titre (9/10ᵉ d’argent pur), en même temps qu’elle impose le système décimal à l’ensemble du pays. Après l’effondrement des assignats, le franc devient l’emblème de la stabilité monétaire recherchée par la jeune République.

De 1360 à 2001, cette monnaie traversera guerres, réformes, révolutions et restaurations avant de céder la place à l’euro mais en conservant une charge historique incomparable. Le franc est né d’une rançon, mais il est devenu, au fil des siècles, l’un des symboles les plus durables de l’identité financière française.

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