« Palestine 36 » : un film palestinien ravive la révolte contre le mandat britannique
« Palestine 36 » : un film palestinien ravive la révolte contre le mandat britannique

Sorti en France le 14 janvier, le nouveau long-métrage d’Annemarie Jacir remonte aux années qui précèdent la grande révolte palestinienne de 1936-1939. Une fresque historique qui met au premier plan l’administration coloniale britannique et l’ébullition d’un peuple menacé de dépossession, et dont l’accueil diffère nettement entre monde arabe et médias occidentaux.

Une relecture des origines de la révolte de 1936-1939

Le récit se situe dans la Palestine sous mandat britannique, alors que l’immigration juive augmente, portée par la fuite de l’antisémitisme européen. Annemarie Jacir s’attache à montrer la montée des tensions qui conduisent à l’insurrection, réprimée par les forces britanniques, en s’appuyant sur une dramaturgie de fiction nourrie d’événements documentés. Selon la réalisatrice, citée par The Guardian avant la projection à Toronto, l’un de ses objectifs était de rappeler que la Palestine a aussi été une colonie britannique, un fait encore méconnu d’une partie du public.

Côté casting, le film s’appuie notamment sur Jeremy Irons, qui incarne Arthur Wauchope, haut-commissaire britannique présenté comme sourd au grondement populaire. Annemarie Jacir assume aussi un choix remarqué, relevé par le Financial Times : l’absence de personnages juifs au cœur de l’intrigue, les colonies restant en arrière-plan, afin de concentrer le récit sur le face-à-face entre Palestiniens et pouvoir mandataire.

Émotions au Moyen-Orient, réception plus réservée en Occident

Dans le monde arabe, la charge historique du film semble avoir provoqué une forte réaction. Independent Arabia raconte une projection au festival de la mer Rouge, à Djeddah, suivie d’un long silence puis d’applaudissements nourris, signe d’une émotion collective autour d’un épisode rarement porté à l’écran depuis un point de vue palestinien. L’acteur syrien Jalal Altawil a confié à Al-Nahar avoir été bouleversé au point de pleurer à deux reprises, tandis que le film a aussi circulé aux Journées cinématographiques de Carthage.

La présence d’Hiam Abbass, figure importante du cinéma arabe, est également soulignée par Al-Quds Al-Arabi et Independent Arabia, qui la décrivent comme une actrice ayant toujours revendiqué son identité palestinienne sans s’y laisser enfermer. En Occident, l’accueil est plus nuancé : The Guardian et le Financial Times saluent surtout l’intérêt historique et la dimension pédagogique, tout en restant moins enthousiastes sur l’impact purement cinématographique. The Irish Times, lui, lit le film à travers un prisme irlandais, relevant une réplique sur la peur britannique de “revivre une autre Irlande”, et y voyant une résonance directe avec la solidarité ancienne de l’Irlande envers la cause palestinienne.

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