Les forces syriennes se prépareraient à lancer des attaques contre des villes du nord et de l’est du pays contrôlées par les combattants kurdes, dans le but de faire pression sur leurs dirigeants afin qu’ils fassent des concessions dans des négociations actuellement dans l’impasse, selon plusieurs sources proches du dossier.
Cette menace d’escalade militaire illustre l’aggravation des tensions entre le gouvernement du président Ahmed al-Sharaa, qui affirme vouloir réunifier la Syrie après quatorze années de guerre civile, et les autorités kurdes régionales, méfiantes à l’égard de son administration à dominante islamiste. Les discussions, soutenues par les États-Unis, visaient à intégrer les structures militaires et civiles kurdes aux institutions de l’État syrien d’ici fin 2025, mais le délai est désormais dépassé sans avancée notable.
Selon des responsables syriens, des responsables kurdes et des diplomates étrangers, jusqu’à cinq divisions de l’armée syrienne pourraient être mobilisées pour une opération visant des zones tenues par les Forces démocratiques syriennes (FDS), notamment dans la province d’Alep et dans celle de Deir ez-Zor, riche en ressources pétrolières. Damas espère qu’une action militaire limitée pousserait les Kurdes à revenir à la table des négociations.
Des déploiements militaires ont déjà été observés autour de Deir Hafer et dans plusieurs villages situés à l’ouest de l’Euphrate. L’armée syrienne aurait demandé aux combattants kurdes de se replier à l’est du fleuve et annoncé l’ouverture de couloirs humanitaires pour permettre l’évacuation des civils. Des habitants ayant fui la zone ont toutefois indiqué avoir dû traverser des champs à pied, les routes principales étant coupées.
Les FDS ont condamné ces mouvements de troupes, affirmant être opposées à toute confrontation militaire en raison des « graves risques » qu’elle ferait peser sur la stabilité du pays. Leur représentant à Damas, Abdel Karim Omar, a assuré que des efforts étaient en cours, avec l’appui de médiateurs étrangers, pour relancer le dialogue.
Washington, qui cherche à stabiliser la Syrie afin d’éviter une résurgence du groupe État islamique, a appelé les deux camps à éviter une escalade. L’envoyé américain Tom Barrack a déclaré que les États-Unis restaient en contact étroit avec toutes les parties pour apaiser les tensions et relancer les discussions d’intégration. Le département d’État a, de son côté, exhorté les acteurs syriens à ne pas replonger le pays dans un nouveau cycle de violence.
En toile de fond, la situation pourrait être compliquée par l’attitude des tribus arabes locales dans l’est du pays, certaines se disant prêtes à se retourner contre les FDS à la demande de Damas. Des responsables tribaux accusent les forces kurdes de marginalisation et de conscription forcée, laissant planer le risque d’un élargissement du conflit si une offensive venait à être lancée.