C’était un 12 janvier : La foule parisienne se soulève pour Victor Noir
C’était un 12 janvier : La foule parisienne se soulève pour Victor Noir

Le 12 janvier 1870, une marée humaine accompagne le cercueil du journaliste Victor Noir jusqu’au cimetière de Neuilly, transformant des funérailles en véritable acte d’accusation contre le régime de Napoléon III. Quelques jours auparavant, ce jeune reporter de vingt deux ans, de son vrai nom Yvan Salmon, a été tué par balle par le prince Pierre Bonaparte, cousin de l’empereur, à l’issue d’une altercation née d’une querelle de presse. Ce drame, qui mêle un simple journaliste à un membre de la famille impériale, provoque une indignation nationale et fait du défunt un symbole de l’opposition républicaine.

Un meurtre qui met le feu aux poudres

Victor Noir travaillait pour La Marseillaise, un journal connu pour ses attaques virulentes contre le pouvoir. Dans le cadre d’un différend entre son rédacteur en chef Henri Rochefort et le prince Pierre Bonaparte, il est envoyé comme témoin afin d’organiser un duel. La rencontre dégénère au domicile du prince à Auteuil. Une dispute éclate, des paroles fusent, un geste est interprété comme une provocation et le prince sort son revolver. Un coup part et frappe mortellement le jeune homme.

L’affaire prend aussitôt une dimension politique. Le fait qu’un Bonaparte ait tué un journaliste d’opposition cristallise toutes les rancœurs accumulées contre l’Empire. Lorsque la justice acquitte le prince quelques semaines plus tard, beaucoup y voient la preuve que la famille impériale se place au dessus des lois, ce qui alimente encore davantage la colère populaire.

Une cérémonie devenue démonstration politique

Craignant des troubles, le gouvernement décide que l’inhumation aura lieu à Neuilly, loin des quartiers populaires de Paris. Mais cette précaution ne suffit pas. Des dizaines de milliers de personnes se rassemblent, arrachent les chevaux du corbillard pour tirer elles mêmes le cercueil et scandent des slogans contre Napoléon III. Le cortège devient un immense rassemblement républicain où se croisent militants, ouvriers et figures de l’opposition. Louise Michel, Eugène Varlin ou encore Jean Baptiste Millière sont présents parmi la foule.

Certains manifestants veulent même forcer l’itinéraire pour conduire le corps jusqu’au Père Lachaise, haut lieu des combats républicains. Si cette tentative échoue, la journée n’en marque pas moins une rupture. Pour beaucoup de Parisiens, Victor Noir incarne désormais l’image d’un enfant du peuple abattu par l’arrogance du pouvoir.

Un avant goût de l’effondrement impérial

L’émotion née de ces funérailles ne retombe pas. Elle nourrit une agitation politique continue qui fragilise encore un régime déjà contesté. Les journaux d’opposition utilisent le nom de Victor Noir comme un étendard, et la défiance envers Napoléon III s’amplifie dans toutes les couches de la société.

Moins d’un an plus tard, la guerre contre la Prusse et la défaite de Sedan précipitent la chute du Second Empire. Dans la mémoire républicaine, la journée du 12 janvier 1870 reste comme l’un des moments où la colère populaire s’est exprimée au grand jour, annonçant les bouleversements qui mèneront à la Commune de Paris.

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