Pendant plusieurs années, il a gardé des enfants dans la métropole lilloise sans éveiller de soupçons apparents. Derrière ce visage ordinaire se cachait pourtant un homme déjà condamné pour agression sexuelle sur un très jeune enfant, théoriquement interdit de tout contact avec des mineurs. L’affaire, révélée fin décembre, place aujourd’hui la justice face à une question lourde de conséquences : comment un tel profil a-t-il pu à nouveau exercer auprès de familles sans être détecté. Âgé de 36 ans, Camille O. a été placé en garde à vue le 29 décembre 2025 à Lille, après une plainte pour viol sur mineur. Cette procédure s’inscrit dans un parcours judiciaire déjà marqué par une lourde condamnation prononcée à Nice en 2020 : cinq ans de prison ferme pour agression sexuelle sur un enfant de 30 mois, assortis d’un suivi socio-judiciaire strict et d’une interdiction formelle de travailler auprès d’enfants.
Une récidive rendue possible par une invisibilité administrative
À sa sortie de détention en 2023, l’homme quitte le sud de la France pour s’installer dans le Nord. Officiellement, il change de trajectoire et reprend des études. Officieusement, il recommence à proposer des gardes d’enfants, notamment via la plateforme Nounou Top, alors même que cette activité lui est interdite. Pendant près de trois ans, il intervient régulièrement dans des foyers, principalement pour des baby-sittings du soir, parfois auprès de très jeunes enfants. Ce n’est qu’au printemps 2025 qu’un premier signal d’alerte survient. Un voisin, mis au courant du passé judiciaire de l’intéressé et inquiet de le voir garder des enfants, contacte les autorités. Le parquet est saisi, le juge de l’application des peines informé. À ce stade, faute d’éléments matériels permettant de caractériser une nouvelle infraction, aucune poursuite immédiate n’est engagée. Le suivi socio-judiciaire est toutefois renforcé, avec une interdiction totale d’entrer en contact avec des mineurs.
Une enquête relancée par une plainte fin 2025
La situation bascule fin décembre lorsqu’une famille dépose plainte pour des faits qualifiés de viol sur un enfant de moins de trois ans. La garde à vue du suspect révèle alors une violation manifeste de ses obligations judiciaires. Le 9 janvier 2026, il est réincarcéré à la suite d’une décision du juge de l’application des peines, cette fois pour non-respect de son suivi et nouveaux soupçons criminels. Parallèlement, la brigade des mineurs du service interdépartemental de police judiciaire du Nord engage un travail de fond. Depuis début janvier, les enquêteurs contactent méthodiquement toutes les familles ayant eu recours aux services de l’homme depuis son arrivée dans la région. Selon le parquet, environ trente foyers sont concernés. Les parents sont entendus, les situations évaluées, et des auditions d’enfants sont programmées sur plusieurs semaines, avec un accompagnement spécialisé.
Une onde de choc durable pour les familles
Pour de nombreux parents, l’appel de la police a agi comme un séisme. Aucun comportement inquiétant n’avait été relevé pendant les gardes, ce qui rend la révélation d’autant plus violente. La justice reconnaît que toutes les situations ne déboucheront pas sur des poursuites, mais insiste sur la nécessité de vérifier chaque cas, même en l’absence de signaux visibles. L’enquête se poursuit désormais sous l’autorité du parquet de Lille, avec un double objectif : déterminer s’il existe d’autres victimes et comprendre comment un individu fiché, condamné et interdit d’exercer a pu se fondre aussi longtemps dans un circuit de garde d’enfants sans être stoppé. Une faille systémique que la justice, comme les plateformes concernées, devront désormais regarder en face.