L’administration du président Donald Trump a tenté pendant plusieurs semaines de retarder ou d’empêcher un vote du Congrès visant à forcer la publication des dossiers d’enquête du ministère de la Justice concernant Jeffrey Epstein, rapporte Reuters. Malgré ces efforts, la mesure a été adoptée massivement et doit parvenir sur le bureau du président dès ce mercredi. Les votes à la Chambre des représentants, contrôlée par les républicains, puis au Sénat, ont été rapides et quasi unanimes, illustrant un rare défi interne à l’autorité de Trump.
Depuis des mois, plusieurs élus républicains poussaient pour la divulgation complète des dossiers liés à Jeffrey Epstein, délinquant sexuel condamné et financier new-yorkais ayant fréquenté certaines des personnalités les plus puissantes du pays. Cette question constitue une source de malaise persistante pour Trump, en raison de son ancienne amitié avec Epstein, largement médiatisée et régulièrement ravivée par des théories complotistes que le président a lui-même relayées auprès de ses partisans.
Trump a côtoyé Epstein et fait la fête avec lui dans les années 1990 et 2000, avant une rupture qu’il affirme avoir été définitive. Mais de nombreux électeurs trumpistes soupçonnent encore que son administration ait dissimulé des liens entre Epstein et des figures influentes, ou ait minimisé les circonstances de sa mort en 2019, officiellement qualifiée de suicide dans une prison fédérale alors que Trump était président.
Après avoir tenté d’empêcher le vote, Trump a opéré un revirement dimanche soir, appelant la Chambre à adopter le texte. Mais selon deux sources proches du dossier, ses conseillers continuaient en coulisses à chercher un amendement du projet au Sénat. La Maison-Blanche espérait s’appuyer sur ses relations avec les dirigeants républicains du Sénat, mais cette stratégie a finalement échoué.
Une fois le texte approuvé par le Sénat mardi, un haut responsable de l’exécutif a assuré que Trump signerait la loi. Cet épisode met toutefois en lumière les limites de son influence sur son propre parti : malgré les pressions directes, y compris un retard prolongé dans l’investiture d’un élu démocrate, les républicains du Congrès ont voté contre ses souhaits initiaux.
La controverse pèse également sur la popularité de Trump. Selon un sondage conclu lundi, seuls 44 % des républicains estiment qu’il gère correctement l’affaire Epstein. Plus largement, 60 % des Américains pensent que le gouvernement fédéral cache des informations sur la mort d’Epstein, et 70 % croient qu’il dissimule des éléments sur les individus impliqués dans ses crimes. Ces soupçons sont majoritaires chez les électeurs de Trump.
La représentante Marjorie Taylor Greene, l’une de ses plus fidèles alliées au Congrès, a aussi été irritée par la gestion de ce dossier. La Maison-Blanche, par la voix de sa porte-parole Abigail Jackson, affirme que Trump n’était pas opposé à la publication en tant que telle, mais qu’il estimait que parler d’Epstein détournait l’attention des priorités de son administration, comme les réductions d’impôts ou la politique migratoire.
Les conseillers de Trump se préparent désormais à une phase de « communication et de gestion », selon une source. Durant le week-end, ils ont tenté de présenter tout ralentissement possible comme une forme de contrôle responsable, exhortant les sénateurs à encadrer le vote en termes de transparence tout en déplaçant rapidement le débat vers des thèmes jugés politiquement plus favorables, comme l’accessibilité économique. Dimanche en fin d’après-midi, ils avaient toutefois conclu que la manœuvre était vouée à l’échec et se sont concentrés sur la gestion des répercussions politiques de cette défaite interne.