Le mois de novembre confirme la mauvaise passe du constructeur américain sur le Vieux Continent. Depuis plus d’un an, Tesla souffre d’une image dégradée en Europe, fragilisée par les prises de position politiques de son dirigeant et par la montée en puissance des constructeurs chinois. Les chiffres consolidés de novembre affichent un recul global de 12 pour cent par rapport à l’an dernier, une moyenne qui pourrait sembler contenue si elle ne masquait pas une réalité autrement plus sévère. En excluant la Norvège, marché totalement atypique, les ventes du constructeur chutent en réalité de 36,3 pour cent, dévoilant un décrochage marqué dans l’immense majorité des pays européens. L’effritement des performances apparaît particulièrement brutal dans plusieurs marchés clés. En France, les ventes se contractent de 57,8 pour cent, tandis qu’aux Pays Bas la baisse atteint 43,5 pour cent et en Suède 59,3 pour cent. L’Allemagne, pourtant premier marché européen pour Tesla hors Norvège, enregistre une baisse plus contenue mais significative de 20,2 pour cent. L’ensemble confirme le recul d’une marque dont le dynamisme était encore impressionnant il y a quelques années, avant que sa réputation ne soit affectée et que la concurrence ne vienne capter une part importante de son public.
La Norvège, un marché hors norme qui gonfle artificiellement les chiffres européens
Dans ce paysage morose, un pays fait figure d’exception spectaculaire : la Norvège. Tesla y connaît une croissance fulgurante, avec 6 215 véhicules immatriculés en novembre, soit une hausse de 175,2 pour cent. Ce résultat sans équivalent explique en grande partie la moyenne européenne relativement « atténuée ». Le deuxième marché du mois, l’Allemagne, reste très loin derrière avec seulement 1 763 ventes. Cette envolée norvégienne ne traduit cependant pas un engouement particulier pour la marque mais reflète une course contre la montre menée par les consommateurs avant l’entrée en vigueur, en 2026, de nouvelles règles fiscales défavorables aux véhicules électriques premium. Les automobilistes ont donc accéléré leurs achats pour profiter des derniers mois du régime avantageux. Dans l’Union européenne, l’Italie constitue le seul marché à afficher une progression notable, avec une hausse de 58,5 pour cent, stimulée par des mesures d’incitation à l’achat de véhicules électriques. Cette exception italienne complète le tableau d’un continent où Tesla ne parvient plus à retrouver son élan, tandis que les choix politiques, les mutations industrielles et l’arrivée de concurrents offensifs redessinent les équilibres du secteur.
Un tournant stratégique dans un marché européen devenu plus exigeant
La situation actuelle révèle une bascule profonde du rapport entre Tesla et l’Europe. Le constructeur, longtemps dominant dans l’électrique, voit désormais son avance s’éroder face à des marques locales et asiatiques mieux acceptées par les consommateurs et plus agressives sur les prix. L’image du dirigeant de Tesla, qui intervient fréquemment dans le débat politique européen, contribue également à détériorer l’attractivité de la marque, dans un marché où la perception publique joue un rôle croissant dans l’acte d’achat. Si la Norvège et l’Italie permettent ponctuellement de limiter les dégâts statistiques, elles n’inversent pas la tendance lourde d’un recul généralisé. Le mois de novembre apparaît ainsi comme une confirmation de la difficulté de Tesla à consolider sa place dans une Europe plus fragmentée, plus concurrentielle et moins indulgente qu’à ses débuts. Reste à voir si la marque saura rebondir face à un paysage industriel en pleine recomposition, ou si cette annus horribilis marquera le début d’un déclin durable sur le continent.