À 89 ans, le réalisateur signe une comédie acide sur la disgrâce d’un écrivain new-yorkais, dans un récit qui semble parfois faire miroir à sa propre trajectoire.
Un cinéaste en disgrâce devenu romancier
Woody Allen, figure majeure mais controversée du cinéma américain, fait une incursion remarquée en littérature avec Quelle mouche a piqué Baum ?, son premier roman publié en France ce mercredi 29 octobre aux éditions Stock. Sorti initialement aux États-Unis en septembre sous le titre What’s with Baum?, ce livre marque un tournant dans la carrière du réalisateur d’Annie Hall et Manhattan, éloigné depuis plusieurs années des studios hollywoodiens.
Dans ce roman de 230 pages, Allen met en scène Asher Baum, écrivain juif quinquagénaire new-yorkais, autrefois adulé, désormais marginalisé. Son éditeur l’abandonne, sa vie conjugale se délite, et son insupportable beau-fils, romancier à succès, prend sa place dans les salons littéraires. Quand une journaliste qu’il a tenté d’embrasser menace de rendre l’affaire publique, sa chute sociale et professionnelle semble inéluctable. Mais un rebondissement inattendu relance la mécanique narrative, à la manière des scénarios du cinéaste.
Une autofiction masquée ?
Le parallèle entre Asher Baum et Woody Allen n’échappe à personne. À travers cette satire mordante du monde intellectuel new-yorkais, l’auteur semble régler quelques comptes, ou du moins poser un regard distancié sur sa propre mise à l’écart. Depuis les accusations d’agression sexuelle portées par Dylan Farrow en 1992 — qui n’ont jamais donné lieu à des poursuites après deux enquêtes distinctes — Allen est largement écarté de l’industrie du divertissement aux États-Unis. Son dernier film, Coup de chance, est sorti en 2023, mais uniquement en Europe.
Dans une critique élogieuse publiée en septembre, le New York Times a salué ce roman comme « une pièce de prose malicieuse, automnale », soulignant que même empêché de tourner, Allen restait capable de créer « comme d’autres joueraient au pickleball ». Un enthousiasme critique qui confirme que le cinéaste, passé romancier, conserve un certain pouvoir de fascination, entre provocation, ironie et désenchantement.