« Sans pitié » : deux frères forains rattrapés par un vieux traumatisme
« Sans pitié » : deux frères forains rattrapés par un vieux traumatisme

Avec Sans pitié, Julien Hosmalin signe un premier long-métrage qui mêle polar et western contemporain, dans un décor rarement filmé : celui des fêtes foraines et de leurs marges. Le film suit une fratrie marquée par une disparition, un retour et un silence qui s’est installé pour de bon, jusqu’à ce qu’un décès vienne rouvrir la plaie et remettre chacun face à ce qu’il croyait enfoui.

Une histoire de clan, de fuite et de dette morale

Maria élève seule Rayan et Dario dans la précarité d’une fête foraine où elle tient un stand de tir. Quand Dario disparaît puis réapparaît blessé, l’événement fracture l’enfance et installe un non-dit qui va contaminer tout le reste. Des années plus tard, la mort de leur mère oblige les deux frères à se retrouver : Rayan est resté, s’est durci et s’est enraciné ; Dario, lui, a fui, puis revient comme un fantôme qu’on n’attendait plus.

Le duo fonctionne parce qu’il joue sur l’opposition des corps et des tempéraments : Adam Bessa compose un Dario fermé, presque spectral, tandis que Tewfik Jallab incarne un Rayan plus massif, tenu par la culpabilité et l’idée d’“honorer” quelque chose. Autour d’eux, le film dessine une famille au sens large, un clan régi par la loyauté, la honte et la tentation de régler les comptes — sans romantiser pour autant la violence.

Une réussite d’atmosphère, mais un récit parfois trop linéaire

Le point fort du film, c’est sa puissance sensorielle : la musique originale prend une place centrale, comme un moteur émotionnel qui remplit les silences et épaissit la tension. L’image, travaillée dans des teintes métalliques et poussiéreuses, donne au monde forain une allure de territoire à part, à la fois familier et inquiétant, où chaque carrefour semble renvoyer au passé.

Julien Hosmalin revendique d’ailleurs une matière très personnelle : il explique avoir été élevé par une mère seule, avec un grand frère protecteur, “dans une caravane, à proximité de forains”, et avoir écrit ce film comme un retour affectif vers ses proches. Il décrit aussi une mise en scène pensée pour éviter un regard “clinique”, alternant cadres posés et caméra plus “organique” dans certains espaces intimes. Cette cohérence formelle tient le film debout ; elle a toutefois un revers : l’intrigue dévoile assez vite ses mécanismes, et laisse parfois l’impression d’un parcours trop balisé pour surprendre jusqu’au bout.

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