Le yodel, chant alpin ancestral, rejoint le patrimoine immatériel de l’Unesco
Le yodel, chant alpin ancestral, rejoint le patrimoine immatériel de l’Unesco

Le yodel vient d’obtenir une reconnaissance mondiale. Ce chant emblématique des Alpes, longtemps associé aux bergers et aux paysages montagneux, a été officiellement inscrit sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. La décision a été prise jeudi, lors de la réunion de l’Unesco à New Delhi, consacrant une pratique profondément enracinée dans la culture suisse et plus largement alpine.

Une tradition vocale vivante et largement pratiquée en Suisse

L’inscription a été annoncée par l’Office fédéral suisse de la culture, qui portait seul cette candidature. Selon cet organisme, le yodel demeure aujourd’hui une pratique très active : plus de 12 000 yodleurs sont affiliés aux 711 ensembles réunis au sein de l’Association fédérale des yodleurs, sans compter les nombreuses pratiques informelles transmises hors cadre associatif. Si la Suisse est au cœur de cette reconnaissance, le yodel est également chanté en Autriche et en Allemagne, témoignant d’un héritage partagé à l’échelle des Alpes.

Sur le plan musical, l’Office fédéral suisse de la culture rappelle que le yodel se caractérise par une alternance rapide entre la voix de poitrine et la voix de tête, à partir de syllabes sans signification précise, souvent issues de dialectes locaux. Deux grandes formes coexistent : le « yodel naturel », purement mélodique et sans paroles, et le « yodel chanté », qui mêle couplets et refrains évoquant la nature, la vie rurale ou le quotidien montagnard. Cette pratique s’exprime aussi bien en solo qu’en petits groupes ou en chœur, parfois accompagnée d’instruments comme l’accordéon, lors de fêtes, de concerts ou de concours populaires.

Des racines alpines à une diffusion mondiale

L’histoire exacte du yodel reste difficile à dater. Selon Julien Vuilleumier, conseiller au ministère suisse de la Culture pour ce dossier, le chant tel qu’on le connaît aujourd’hui s’est structuré principalement aux XIXe et XXe siècles, en s’intégrant progressivement aux répertoires populaires, avec des influences croisées entre le Tyrol, le sud de l’Allemagne et la Suisse, a-t-il expliqué à l’AFP avant la décision de l’Unesco.

Avec les migrations européennes, le yodel a également franchi les frontières du continent. Toujours d’après Julien Vuilleumier, cette tradition vocale a nourri la musique folk américaine, notamment la country, et continue d’évoluer au XXIe siècle. Certains artistes l’explorent désormais dans des formes hybrides mêlant jazz, pop ou rock, à l’image du « yodelton », qui associe techniques vocales alpines et rythmes de reggaeton.

Partager