« Le Maître du Kabuki » - la fresque japonaise qui fascine jusqu’en Occident
« Le Maître du Kabuki » - la fresque japonaise qui fascine jusqu’en Occident

Avec déjà plus de 11 millions d’entrées au Japon, Le Maître du Kabuki s’impose comme l’un des plus grands succès en prises de vue réelles de l’histoire du pays. Présélectionné pour représenter le Japon aux Oscars 2026, le film de Sang-il Lee arrive dans les salles françaises ce 24 décembre, après avoir conquis plusieurs festivals internationaux.

Une épopée artistique sur fond de traditions codifiées

Adapté du roman Kokuhō de Shūichi Yoshida, Le Maître du Kabuki s’attaque à l’un des piliers de la culture japonaise : le théâtre kabuki, art traditionnel né au XVIIe siècle. Dans cette fresque de près de trois heures, Sang-il Lee suit le destin de Kikuo, un adolescent de 14 ans recueilli en 1964 par Hanjiro, une légende du kabuki (interprété par Ken Watanabe), après la mort de son père, chef yakuza. Kikuo est initié à cette discipline ultra-codifiée aux côtés du fils biologique de Hanjiro, Shunsuke, dans une formation rigoureuse pour devenir onnagata, ces comédiens spécialisés dans les rôles féminins.

Le kabuki, art transmis de père en fils, ne laisse que rarement une place aux étrangers à la lignée. En tant que fils de criminel, Kikuo est considéré comme un intrus dans cet univers hiérarchisé. Le film s’appuie sur cette tension pour dépeindre la lutte acharnée de deux jeunes hommes face aux règles rigides d’un milieu aussi prestigieux qu’impitoyable.

Entre rivalité fraternelle et quête d’absolu

Sur plusieurs décennies, Le Maître du Kabuki explore la relation complexe entre Kikuo et Shunsuke, à la fois frères d’art et concurrents. Le parcours de Kikuo, animé par le besoin de reconnaissance, croise celui de Shunsuke, héritier naturel du kabuki. Cette rivalité devient le moteur d’un récit riche en drames, jalousies et trahisons. La structure du film évoque le théâtre qu’il met en scène, où l’amour, l’honneur et la vengeance sont au cœur des tragédies humaines.

La mise en scène de Sang-il Lee, déjà saluée pour Villain (2010), excelle dans la reconstitution des coulisses du kabuki. Grâce à des séquences visuellement spectaculaires – répétitions, loges, maquillages, scène – le spectateur est plongé dans un monde où chaque geste est ritualisé, chaque rôle hérité. Pour plus d’authenticité, les acteurs Ryô Yoshizawa et Ryusei Yokohama ont étudié le kabuki pendant plus d’un an, selon les propos du réalisateur recueillis par France Télévisions.

Avec ses décors somptueux, ses tensions psychologiques et sa réflexion sur la légitimité artistique, Le Maître du Kabuki propose une lecture cinématographique du théâtre japonais qui touche autant à l’intime qu’à l’universel. En ouvrant une porte sur un art longtemps resté fermé, Sang-il Lee signe son premier succès critique et public en France, et peut désormais rêver de reconnaissance hollywoodienne.

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