Dans un rapport publié le 19 novembre, la Cour des comptes recommande de dissoudre le Centre national des arts plastiques (CNAP) d’ici à 2030. L’institution fustige la gestion et l’efficacité de cet opérateur culturel, mais la ministre de la Culture, Rachida Dati, s’y oppose fermement, jugeant cette suppression contre-productive pour le secteur des arts visuels.
Une structure jugée inefficace et coûteuse
Créé en 1982 pour soutenir la création artistique contemporaine et enrichir le patrimoine public, le CNAP est aujourd’hui au cœur d’une remise en cause. Dans son rapport, la Cour des comptes dresse un constat sévère : aides aux artistes peu évaluées, œuvres rarement diffusées et dépenses immobilières jugées excessives. L’organisme emploie 85 personnes et gère une collection de 108 000 œuvres du Fonds national d’art contemporain, destinées à être prêtées à des musées ou à des institutions publiques.
Mais, selon la Cour, le centre ne serait pas à la hauteur de sa mission. Seulement 30 % des œuvres acquises récemment ont été exposées, et près d’un quart n’a jamais quitté les réserves. En parallèle, l’augmentation constante du nombre d’acquisitions depuis quarante ans a provoqué un besoin croissant en espaces de stockage. Les réserves occupaient plus de 25 000 m² en 2024, répartis sur plusieurs sites, avec un nouveau bâtiment en cours de construction à Pantin pour un coût estimé à 100 millions d’euros. À cela s’ajoutent 4,9 millions d’euros de frais immobiliers annuels, qui alourdissent un budget de fonctionnement global de 12,8 millions d’euros, pour seulement 5,4 millions réellement affectés aux missions du CNAP.
Déontologie, conflit d’intérêts et opposition ministérielle
Le rapport met également en lumière des failles dans la gouvernance de l’établissement. Entre 2016 et 2024, une maison d’édition cofondée par un salarié du CNAP a bénéficié de 75 000 euros d’aides et de contrats pour 40 000 euros, soulevant des soupçons de conflit d’intérêts. La Cour critique aussi l’opacité du processus d’acquisition des œuvres, assuré par des commissions majoritairement issues du monde de l’art, et reposant sur des votes anonymes, sans cadre déontologique suffisamment solide.
Pour les magistrats financiers, la solution serait de répartir les compétences du CNAP entre le ministère de la Culture (pour les aides à la création) et des institutions comme le Centre Pompidou ou le Mobilier national (pour la gestion de la collection). Toutefois, cette préconisation n’a pas été retenue par Rachida Dati. Dans sa réponse à la Cour, la ministre de la Culture a fait savoir qu’elle n’envisageait pas de fermer l’établissement. Selon elle, une telle décision ne permettrait pas de faire des économies substantielles et nuirait à la lisibilité de la politique culturelle de l’État dans le domaine des arts visuels.