Kinga Wyrzykowska publie « Princesse » - un lapin mutant et une satire féroce des conservatismes
Kinga Wyrzykowska publie « Princesse » - un lapin mutant et une satire féroce des conservatismes

Avec Princesse, Kinga Wyrzykowska signe un roman hybride, à la fois drôle, grinçant et politique, qui démarre à Paris avant de basculer en Pologne. Au centre du récit : Barbara Lis, jeune cadre RH d’origine polonaise, et un cadeau d’anniversaire aussi encombrant qu’inquiétant, un lapin nommé Princesse dont le sexe change au fil du temps. Autour de cet animal instable, l’autrice déroule une comédie moderne qui s’élargit peu à peu en critique des replis identitaires et religieux.

De Paris à un village polonais, le choc de deux mondes

Dans la première partie, Barbara, fille d’une mère immigrée qui ne veut plus entendre parler de son pays natal, semble promise à une carrière bien cadrée dans l’agroalimentaire. Tout dévie lorsqu’elle rencontre Pawel, un plombier polonais rebaptisé “Bébel” par un grand-père francophile, et décide de partir avec lui. L’arrivée dans le village de Lysina la transforme en “étrange étrangère” : la communauté observe, commente, surveille. Dans ce décor où la rumeur tourne plus vite que la réalité, les corps deviennent des sujets d’enquête, et la question de la grossesse de Barbara obsède davantage que ses choix de vie — pendant que le lapin, lui, grossit.

Le roman s’attarde aussi sur l’emprise d’un prêtre local, décrit comme une figure charismatique, presque une vedette, entourée d’admiratrices et capable de “fixer” les mœurs par le discours. Cette Pologne rurale devient un laboratoire du contrôle social : on y juge, on y classe, on y trace des frontières symboliques, notamment autour de la sexualité, de la religion, et de ce qui serait acceptable ou non.

Une comédie loufoque, mais une cible très contemporaine

L’efficacité du livre tient à son mélange d’absurde et de précision : Princesse, lapin “méchant” et changeant, fait basculer le récit vers une satire où le grotesque sert de révélateur. Comme le souligne le cahier Livres de Libération, Wyrzykowska s’attaque aux “manœuvres polonaises du Saint-Esprit” et à un climat où l’on “n’avorte plus”, en mettant en scène une société qui se durcit et se referme.

Le résultat n’est pas un pamphlet, mais un roman à la verve acérée, nourri de personnages secondaires ciselés : une amie trans qui “ne mâche pas ses mots”, une mère coupée de ses racines, un village qui se comporte comme une police des comportements. Wyrzykowska, déjà remarquée avec Patte blanche, continue ici de disséquer les faux-semblants, mais en déplaçant son terrain : de la bourgeoisie française à une Pologne bigote où la modernité devient suspecte.

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