Avec Je suis Romane Monnier, Delphine de Vigan ajoute un nouveau chapitre à une œuvre qui ausculte l’époque à hauteur d’individus. La romancière, connue pour ses récits où l’intime sert de révélateur collectif, met cette fois en scène une intrigue née d’un geste banal : un smartphone qui change de mains.
Un téléphone échangé, une vie reconstituée
Le point de départ est simple et vertigineux : Thomas se réveille après une soirée et découvre qu’il n’a pas son téléphone. À la place, celui d’une inconnue, Romane Monnier. Rapidement, la situation bascule quand la jeune femme accepte de récupérer son appareil… mais lui demande aussi de garder le sien. Le héros, déjà installé dans une routine et marqué par une paternité précoce, se met alors à explorer ce que l’autre a laissé dans l’écran.
Messages, applis, mails, playlists : en fouillant WhatsApp, Doctolib, Deezer ou les historiques, il recompose une existence par fragments. Le roman avance comme une enquête contemporaine, où l’on croit tout pouvoir comprendre d’une personne à partir de ses traces, tout en découvrant qu’un angle mort résiste toujours, même quand l’intimité semble à portée de clic.
L’intime comme miroir de l’époque et de ses violences
Delphine de Vigan revendique ce chemin d’écriture qui passe par le sensible pour parler du collectif. Dans Télérama, elle résume son moteur avec une phrase-programme : “J’aime que mes lecteurs se disent : ‘Mais oui, c’est exactement ce que je ressens !’” — une manière d’écrire au plus près des émotions, sans renoncer à décrire ce que le présent fabrique en nous.
Ce nouveau livre prolonge aussi sa réflexion sur nos vies surexposées. Dans Paris Match, l’autrice alerte sur le climat numérique, estimant que “les réseaux sociaux charrient de plus en plus de violences”. Entre curiosité, empathie et malaise, Je suis Romane Monnier transforme ainsi un objet du quotidien en loupe romanesque : celle qui grossit nos dépendances, nos liens, et la part de mystère qui demeure, malgré tout.