Alors que l’avenir du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême (FIBD) reste incertain, la ministre de la Culture, Rachida Dati, tend une perche. Dans un entretien publié dimanche 23 novembre par Ouest-France, elle annonce qu’une subvention exceptionnelle de 200 000 euros, supprimée pour l’édition 2025, pourrait être « rétablie » en 2026, à condition que le festival se réorganise profondément.
Une crise inédite pour un rendez-vous majeur
Le FIBD traverse la plus grave crise de son histoire. Depuis plusieurs mois, de nombreux auteurs, autrices, éditeurs et syndicats dénoncent la gestion opaque et jugée toxique de la société privée 9e Art+, organisatrice de l’événement depuis 2007. Le directeur de la structure, Franck Bondoux, s’est mis en retrait en 2024, après de graves accusations relayées par L’Humanité, dont celle d’un licenciement faisant suite à une plainte pour viol.
Cette situation a entraîné une vague de désistements. Les maisons d’édition majeures comme Dargaud, Le Lombard ou Casterman, mais aussi 285 autrices et auteurs – parmi lesquels Pénélope Bagieu ou Nine Antico – ont appelé au boycott de l’édition 2026. Les financeurs publics, dont la mairie d’Angoulême et la région Nouvelle-Aquitaine, ont eux aussi demandé une annulation pure et simple. Le 27 novembre, l’organisateur a annoncé que la production de l’événement était « mise à l’arrêt », laissant planer le doute sur sa tenue.
Une aide conditionnée à une refonte complète
Face à cette impasse, Rachida Dati appelle à une « reconstruction » du festival. Dans son entretien à Ouest-France, la ministre rappelle que le FIBD reste un événement « structurant pour la région », notamment pour l’accès à la lecture et le lien avec les établissements scolaires. Elle insiste toutefois sur la nécessité d’un changement en profondeur : « Le festival doit être reconstruit avec les auteurs et les éditeurs et une gestion et une gouvernance renouvelées. »
La subvention exceptionnelle de 200 000 euros, suspendue pour 2025 « en raison de manquements à la transparence », selon l’entourage de la ministre, pourrait être débloquée pour l’édition suivante « si les conditions sont réunies ». Cette aide représenterait un levier significatif : en 2023, près de la moitié du budget du festival (évalué à 6,6 millions d’euros) reposait sur des financements publics.
Un signal politique et culturel
Si cette annonce vise à rassurer les acteurs de la filière BD, elle arrive dans un climat de méfiance généralisée. Selon plusieurs observateurs, une simple promesse financière ne suffira pas à convaincre auteurs et éditeurs de revenir, tant que les modalités d’organisation n’ont pas été profondément revues. D’autant que l’intersyndicale a déjà jugé « indécente » l’idée de maintenir un festival sous boycott.
Avec cette déclaration, Rachida Dati réaffirme sa volonté de sauver un événement qui attire plus de 200 000 visiteurs chaque année. Mais le redémarrage du FIBD ne pourra se faire qu’au prix d’une transformation structurelle. Pour l’instant, l’édition 2026 reste suspendue à un éventuel changement de cap – et à une mobilisation collective que la ministre tente de raviver.