Le 5 janvier 1477, devant Nancy, le duc de Bourgogne Charles le Téméraire trouve la mort lors d’une bataille décisive contre les troupes du duc de Lorraine René II, appuyées par des mercenaires suisses. Sa disparition brutale marque l’effondrement de l’État bourguignon, l’une des plus puissantes constructions politiques de l’Europe du XVe siècle, et constitue une étape majeure dans la formation territoriale du royaume de France.
La chute d’un prince aux ambitions royales
Héritier de Philippe le Bon, Charles le Téméraire avait porté la puissance bourguignonne à son apogée. À la tête d’un ensemble territorial riche mais morcelé, s’étendant de la Bourgogne aux Pays-Bas, il nourrissait l’ambition de transformer ses États en un royaume indépendant, situé entre la France et le Saint-Empire. Cette volonté l’amène à une confrontation permanente avec le roi de France Louis XI, maître de la diplomatie et de l’intrigue, mais aussi à une série de guerres coûteuses contre ses voisins. Les défaites de Grandson et de Morat face aux Suisses affaiblissent durablement son armée et son prestige, sans pour autant entamer sa détermination.
Une mort anonyme, un État démembré
Revenu assiéger Nancy à l’hiver 1476-1477, Charles affronte un ennemi numériquement supérieur. La bataille tourne rapidement au désastre : ses troupes sont écrasées et le duc disparaît dans la mêlée. Son corps, retrouvé deux jours plus tard, mutilé par les combats et les animaux, n’est identifié que grâce à des signes distinctifs. Cette mort solitaire et presque anonyme contraste avec la grandeur de ses ambitions. Sitôt la nouvelle connue, Louis XI fait occuper le duché de Bourgogne et l’annexe à la Couronne, tandis que les possessions du nord passent à la maison de Habsbourg par le mariage de Marie de Bourgogne avec Maximilien d’Autriche.
La fin de l’État bourguignon
La disparition de Charles le Téméraire révèle les fragilités profondes de l’État bourguignon : dépendance à une personnalité autoritaire, épuisement financier, hostilité croissante des villes et isolement diplomatique. Plus encore que les coups de ses ennemis, c’est l’obstination et la psychologie du duc qui précipitent la chute de cette puissance. Le 5 janvier 1477 ne marque donc pas seulement la mort d’un prince, mais la fin d’un projet politique majeur et l’ouverture d’un long affrontement entre la France et les Habsbourg pour l’héritage bourguignon.