Le 30 décembre 1916, à Petrograd (Saint-Pétersbourg), meurt Grigori Raspoutine, figure controversée de la Russie impériale, assassiné à l’âge de quarante-quatre ans. Sa disparition brutale met fin à l’influence d’un homme devenu central à la cour des Romanov, mais n’empêche en rien l’effondrement imminent du régime tsariste.
Un guérisseur au cœur du pouvoir impérial
Originaire de Sibérie, Raspoutine est un paysan illettré devenu mystique itinérant. Arrivé à Saint-Pétersbourg au début du XXe siècle, il parvient à se faire remarquer dans les cercles aristocratiques par son charisme et sa réputation de guérisseur. En 1904, il est introduit à la cour impériale. Peu après, la naissance du tsarévitch Alexis, atteint d’hémophilie, bouleverse la famille régnante. L’impératrice Alexandra Fedorovna, désemparée, place sa confiance en Raspoutine, qui semble apaiser les crises de l’enfant en interdisant certains traitements médicaux alors mal maîtrisés.
Le « conseiller occulte » des Romanov
Protégé par l’impératrice, Raspoutine acquiert une influence considérable auprès du tsar Nicolas II. Sa proximité avec le pouvoir, ses mœurs scandaleuses et son ascendant supposé sur les décisions politiques nourrissent les rumeurs et l’hostilité d’une partie de la noblesse, de l’Église et de l’armée. Hostile à l’entrée en guerre de la Russie en 1914, il se fait de puissants ennemis qui l’accusent de pacifisme coupable, voire de trahison au profit de l’Allemagne.
Un meurtre qui n’arrête pas la chute du régime
Dans la nuit du 29 au 30 décembre 1916, Raspoutine est attiré dans un piège par des aristocrates hostiles à son influence, dont le prince Félix Ioussoupov. Empoisonné, puis abattu, son corps est jeté dans la Neva. Sa mort est accueillie avec soulagement par une partie de la cour, persuadée d’avoir sauvé la monarchie. Il n’en est rien : deux mois plus tard, la Révolution de Février emporte le régime des Romanov. L’assassinat de Raspoutine apparaît rétrospectivement comme l’un des derniers épisodes tragiques d’un pouvoir déjà condamné.