Le 29 octobre 1922, le roi Victor-Emmanuel III charge Benito Mussolini de former un nouveau gouvernement. L’ancien socialiste devenu chef des fascistes accède ainsi, à seulement trente-neuf ans, à la présidence du Conseil. Cet épisode, qui suit la fameuse marche sur Rome, marque la fin du régime parlementaire italien et ouvre la voie à un pouvoir autoritaire d’un type nouveau en Europe : le fascisme.
Une Italie humiliée et en crise
Au lendemain de la Première Guerre mondiale, l’Italie, bien que victorieuse, sort exsangue du conflit. Les pertes humaines sont considérables, l’économie ruinée, et la population souffre d’inflation et de chômage. À cette détresse s’ajoute une frustration politique : le pays estime avoir été trahi par ses alliés, privés des territoires promis par le traité de Versailles. Ce sentiment de « victoire mutilée » nourrit le nationalisme et la colère des anciens combattants.
Dans ce contexte explosif, les mouvements ouvriers et socialistes multiplient les grèves et les occupations d’usines. Entre 1919 et 1920, la péninsule connaît ce que l’on appellera le biennio rosso les « deux années rouges » , marquées par la peur d’une révolution communiste. Les classes moyennes et les grands propriétaires terriens se tournent alors vers un homme qui se présente comme le rempart contre le chaos : Benito Mussolini.
La montée du fascisme
Ancien militant socialiste converti au nationalisme, Mussolini fonde en 1919 les Faisceaux italiens de combat, un mouvement paramilitaire composé de vétérans de guerre. Les miliciens, vêtus de chemises noires, s’en prennent aux syndicats, aux socialistes et aux opposants, avec la complicité tacite de l’armée et des autorités locales. En 1921, Mussolini transforme son mouvement en Parti national fasciste, qui compte bientôt plusieurs centaines de milliers d’adhérents.
Malgré ses faibles résultats électoraux, le fascisme impose sa présence dans la rue. En août 1922, les Chemises noires écrasent une grève générale et se présentent comme les restaurateurs de l’ordre. Le prestige de Mussolini grandit, tandis que les gouvernements libéraux se succèdent et s’épuisent dans l’impuissance.
La marche sur Rome
Du 27 au 29 octobre 1922, près de 30 000 miliciens fascistes convergent vers Rome, armés et décidés à forcer la main au pouvoir. Leur objectif n’est pas tant d’abattre l’État par la force que d’imposer Mussolini comme l’homme providentiel. Le chef du gouvernement, Luigi Facta, propose de proclamer l’état de siège, mais le roi Victor-Emmanuel III refuse de signer le décret, craignant une guerre civile et comptant sur Mussolini pour rétablir l’ordre.
Face à la paralysie du régime, le souverain choisit la voie du compromis. Le 29 octobre, il invite Mussolini à former un gouvernement. Celui-ci arrive à Rome en chemise noire, salué par ses partisans comme le sauveur de la nation. Le lendemain, il prête serment devant le roi.
Le début d’un régime autoritaire
À son arrivée au pouvoir, Mussolini dirige encore un gouvernement de coalition, mais il s’emploie rapidement à concentrer tous les pouvoirs. Par la violence, la propagande et les réformes constitutionnelles, il transforme progressivement le système parlementaire en dictature. Dès 1925, l’Italie devient un État totalitaire, où le Parti fasciste contrôle la vie politique, les médias, la jeunesse et la culture.
La marche sur Rome, plus démonstration que coup de force militaire, consacre l’effondrement de la démocratie italienne et l’avènement du premier régime fasciste d’Europe. En quelques années, le modèle de Mussolini inspirera d’autres dictatures — à commencer par celle d’Adolf Hitler en Allemagne.