Le 24 novembre 885, une armée colossale venue du Nord remonte la Seine et apparaît soudain devant l’île de la Cité. Environ sept cents navires, chargés de guerriers danois et norvégiens, forment une flotte si dense qu’elle semble couvrir le fleuve. Leur chef, Siegfried, exige de pouvoir franchir Paris pour poursuivre leur route vers la Bourgogne, province riche qu’ils espèrent piller. Face à lui, l’évêque Gozlin refuse toute négociation. Paris, verrou stratégique grâce à ses ponts fortifiés, devient alors l’obstacle majeur aux ambitions vikings, et le siège commence aussitôt sous une pluie de traits, de cris et de fumée.
Une capitale qui tient tête aux hommes du Nord
Dès le lendemain, les assaillants se ruent sur le Grand Châtelet, tour défensive protégeant l’accès du Grand Pont. Malgré leur réputation redoutable, les Vikings découvrent une ville déterminée à résister. L’évêque Gozlin et le comte Eudes dirigent la défense avec une énergie farouche, veillant jours et nuits à renforcer les murs, à galvaniser les habitants et à maintenir un semblant d’ordre au cœur du chaos. Les attaques se succèdent, mais les projectiles lancés depuis les tours, les archers alignés sur les remparts et la topographie même de la cité rendent chaque progression impossible. Devant l’impossibilité de forcer l’entrée, les Vikings établissent un camp fortifié autour de Paris, ravagent les environs pour nourrir leur armée et entreprennent la construction de machines de siège pour préparer une nouvelle offensive.
Un siège long, éprouvant et lourd de conséquences
L’assaut majeur survient le 31 janvier 886. Les béliers montés sur roues, hauts et massifs, avancent vers les remparts, mais les défenseurs les criblent de pierres lancées depuis leurs engins de jet. Les machines nordiques s’effondrent les unes après les autres. Quelques jours plus tard, profitant d’une crue de la Seine qui affaiblit les défenses du Petit Pont, les Vikings parviennent à s’emparer du Petit Châtelet et massacrent ses occupants. Paris s’enfonce dans l’épreuve : la famine guette, une épidémie emporte l’évêque Gozlin au printemps, et la population perd espoir. Eudes quitte alors secrètement la ville pour appeler l’empereur Charles le Gros à la rescousse.
Lorsque l’empereur arrive enfin devant Paris, à l’automne 886, les habitants s’attendent à une bataille décisive. Pourtant, refusant d’affronter l’armée scandinave, Charles choisit la négociation. Il promet aux Vikings un tribut considérable de 700 livres d’argent et leur accorde le droit de poursuivre leur route vers la Bourgogne. En mai 887, le paiement scelle la levée définitive du siège. La décision impériale, jugée humiliante et indigne, scandalise les Grands du royaume : Charles le Gros est déposé quelques mois plus tard. En janvier 888, c’est Eudes, héros de la défense parisienne, que les seigneurs élisent roi de Francie occidentale, ouvrant la voie à l’ascension de la dynastie robertienne.