Le 20 novembre 1910, le Mexique bascule dans une décennie de guerre civile quand Francisco I. Madero, réfugié aux États-Unis, appelle ses compatriotes à prendre les armes contre le vieux président-dictateur Porfirio Díaz, au pouvoir depuis 1876. Ce libéral idéaliste, empêché de se présenter librement à l’élection présidentielle, dénonce un régime sclérosé où la modernisation profite aux élites et aux investisseurs étrangers tandis que la paysannerie, privée de ses terres communales, s’enfonce dans la misère. L’appel de Madero déclenche une insurrection qui, de révolte politique, se transforme rapidement en conflit social d’ampleur nationale.
Une dictature contestée puis renversée
Dès son arrestation en novembre 1910, Madero devient le symbole d’un changement attendu par les « peones » comme par les libéraux urbains. Le 20 novembre, Pascual Orozco et un groupe de mineurs se soulèvent dans le nord du pays. Très vite, deux figures majeures rejoignent la lutte : Pancho Villa, chef charismatique du Chihuahua, et Emiliano Zapata, défenseur intransigeant des communautés indiennes du Morelos. Face à cette coalition hétéroclite mais déterminée, Díaz abdique et s’exile le 25 mai 1911.
Rentré d’exil, Madero est élu président le 6 novembre 1911. Mais en refusant de punir les anciens dignitaires du régime et en repoussant les réformes agraires, il se coupe de ses alliés paysans. Zapata publie alors le Plan de Ayala, véritable manifeste de justice sociale exigeant la restitution des terres spoliées aux villages. Le pays replonge dans la guerre civile.
La lutte des chefs et la naissance d’un nouvel ordre
En février 1913, Madero est trahi par le général Victoriano Huerta, qui le fait assassiner. Son régime autoritaire ne dure pas : Venustiano Carranza, gouverneur du Coahuila, prend la tête d’une « armée constitutionnaliste », bientôt rejointe par Villa et Álvaro Obregón. Huerta doit fuir le pays en juillet 1914.
La révolution tourne alors à la confrontation entre les vainqueurs. Les armées de Villa et Zapata prennent Mexico, mais Obregón, stratège remarquable, l’emporte pour le compte de Carranza. Ce dernier est reconnu président provisoire en 1915 et convoque un nouveau Congrès.
Le 5 février 1917, la Constitution de Querétaro est promulguée. Inspirée à la fois par l’idéal libéral et par les revendications sociales des combattants, elle prévoit la reconstitution des terres communales (ejidos), affirme que le sous-sol appartient à la nation, fixe la journée de huit heures, le salaire minimum et instaure le suffrage universel masculin. Cette Constitution marque la fin officielle de la Révolution mexicaine, même si Carranza lui-même sera renversé et assassiné en 1920.
Un pays meurtri mais profondément transformé
Entre 1910 et 1920, près d’un million de personnes perdent la vie dans un pays qui n’en compte alors que quinze millions. À la lutte politique succèdent les conflits religieux et les révoltes régionales. Ce n’est qu’en 1934, sous la présidence de Lázaro Cárdenas, que le Mexique retrouve enfin une stabilité durable et engage une véritable réforme agraire.
La Révolution mexicaine demeure un tournant majeur de l’histoire contemporaine : elle a renversé une dictature de trente-quatre ans, porté la question sociale au premier plan et donné naissance à un système politique qui dominera le pays tout au long du XXᵉ siècle.