Le 2 avril 1944, au petit matin du dimanche des Rameaux, le village d’Ascq, près de Lille, découvre l’horreur : 86 de ses habitants ont été massacrés dans la nuit par des soldats de la 12e division SS Hitlerjugend. Ce crime, commis en représailles à un sabotage ferroviaire, frappe une commune ouvrière et rurale de 3 500 habitants. Bien avant Oradour-sur-Glane, il révèle jusqu’où peut aller la barbarie nazie contre des civils innocents.
Une nuit de terreur après un sabotage
Dans la soirée du 1er avril 1944, des résistants locaux sabotent un aiguillage près de la gare d’Ascq pour gêner le trafic militaire allemand. Mais ce n’est pas un train de marchandises qui est touché : le convoi immobilisé transporte environ 400 SS en route vers la Normandie. Les dégâts sont limités, mais la réaction est immédiate. Appliquant les consignes de terreur données contre les « terroristes », les SS se répandent dans le bourg, arrachent les hommes à leurs maisons, les frappent, les rassemblent puis les exécutent par groupes le long de la voie ferrée.
La violence est aveugle. Des habitants sont abattus dans la rue, d’autres dans leur maison. Le curé, l’abbé Gilleron, est fusillé au presbytère ; son vicaire, l’abbé Cousin, est tué en voulant protéger un voisin. Beaucoup de victimes n’avaient même pas songé à fuir, persuadées de n’avoir rien à craindre puisqu’elles n’avaient commis aucun acte. Le massacre ne cesse qu’avec l’arrivée de la Feldgendarmerie et l’intervention de militaires allemands d’autres unités. Mais il est trop tard : Ascq compte 86 morts, laissant derrière eux 75 veuves et 127 orphelins.
Un crime qui marque durablement la mémoire du Nord
Dès le lendemain, la nouvelle se répand dans toute la métropole lilloise. Malgré le contrôle de l’occupant, l’émotion est immense. Le 5 avril 1944, près de 20 000 personnes assistent aux funérailles des victimes, dans une démonstration de deuil et de dignité qui prend aussi la forme d’un défi silencieux à l’occupant. Dans les entreprises de la région, de nombreux arrêts de travail expriment la solidarité populaire avec les familles frappées.
Le massacre d’Ascq devient l’un des grands drames de l’Occupation dans le Nord. Après la guerre, il s’impose comme un symbole de la répression nazie et du martyre des civils. Aujourd’hui encore, cette tragédie demeure au cœur de la mémoire locale, à Villeneuve-d’Ascq, née plus tard de la réunion d’Ascq, Annappes et Flers. Se souvenir des fusillés d’Ascq, c’est rappeler non seulement un crime, mais aussi les idéologies de haine qui l’ont rendu possible.
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