Au théâtre des Gémeaux Parisiens, dans le 19e arrondissement, la tragédie de Shakespeare reprend vie jusqu’au 29 mars 2026 dans une mise en scène signée Maud Buquet Kandinsky. Son parti pris est immédiat : transformer Vérone en échiquier visuel, où la romance se heurte à une mécanique collective qui conduit tout droit au drame.
Une Vérone stylisée où les clans s’opposent par la couleur
La metteuse en scène organise l’espace autour d’une binarité assumée : d’un côté les Capulet en noir, de l’autre les Montaigu en blanc, une manière de rendre lisible la haine ancienne qui les oppose. Selon ses propos rapportés par franceinfo, cette dualité traverse aussi les enjeux de la pièce : comédie et tragédie, ordre social et désir, Église et pouvoir du Prince. Au milieu, Roméo et Juliette renversent la logique de leur camp, jusque dans leurs costumes inversés, comme si l’amour devenait une zone de trouble au cœur d’un monde trop bien rangé.
Porté par une troupe d’une vingtaine de comédiens, le spectacle joue le contraste : instants de grâce au bal, ruptures brutales dans les scènes de confrontation. Mercutio, personnage pivot, apporte la légèreté qui rend la bascule plus violente : le rire précède la catastrophe, et c’est aussi ce frottement qui maintient la pièce dans un présent brûlant.
Une fresque chorale qui mise sur l’image et le mouvement
La proposition s’appuie sur une esthétique très travaillée : décors, lumières et costumes composent des tableaux où l’ombre et la clarté sculptent la narration, comme le souligne franceinfo. Les combats à l’épée, chorégraphiés, participent à cette sensation de spectacle total, aussi physique qu’émotionnel, tandis que la scénographie, pensée comme un jeu de positions, rappelle que la cité se comporte ici comme une machine à reproduire la haine.
Derrière la légende des amants, la mise en scène insiste sur une idée simple : ce n’est pas seulement une histoire d’amour, mais un système qui écrase sa jeunesse. Le noir et blanc, loin d’être décoratif, devient la métaphore d’un monde incapable de nuance — jusqu’à ce que la tragédie impose son silence.