Angoulême réinvente son festival de BD avec un “Grand Off” libre et festif
Angoulême réinvente son festival de BD avec un “Grand Off” libre et festif

Après l’annulation sans précédent du Festival international de la bande dessinée 2026, la ville d’Angoulême et ses acteurs culturels rebondissent avec une alternative inédite : un “Grand Off” porté par les auteurs, éditeurs et libraires locaux. Du 29 janvier au 1er février, cet événement gratuit, conçu dans l’urgence mais avec enthousiasme, ambitionne de faire renaître l’esprit original du festival.

Une programmation locale pour un nouveau souffle

C’est un véritable séisme qu’a provoqué en novembre l’annulation du FIBD 2026, annulé pour la première fois depuis sa création en 1974 – hors crise sanitaire. En réponse, la mairie, les collectivités territoriales et plusieurs partenaires privés ont mis sur pied le “Grand Off”, doté d’un budget de 1,25 million d’euros, dont près d’un million issu de fonds publics, selon la mairie d’Angoulême.

L’événement, coordonné par la municipalité pour des raisons de logistique et de sécurité, mise sur une gouvernance radicalement différente : la programmation est entièrement confiée à la communauté BD locale. À ce jour, 113 projets ont été déposés, dont 53 proposés par des collectifs d’autrices et d’auteurs, d’après les chiffres donnés par la Ville lors d’une conférence de presse le 19 décembre.

Expositions, signatures, projections, concerts dessinés, rencontres… la manifestation investira une quinzaine de lieux emblématiques d’Angoulême, comme la médiathèque L’Alpha, la Cité de la BD, l’espace Franquin ou encore les librairies indépendantes. Le tout dans un esprit participatif, ouvert à tous et éloigné des logiques commerciales pointées du doigt dans l’organisation du festival officiel.

Rupture avec le FIBD et tentative de refondation

La décision de créer ce “Grand Off” fait suite à une profonde crise entre les auteurs de BD et la société organisatrice du FIBD, 9eArt+, accusée d’opacité dans sa gestion et de dérives marchandes. La contestation s’est cristallisée après le licenciement controversé d’une salariée ayant porté plainte pour viol, ce qui a entraîné un boycott massif de l’édition 2026 par les auteurs, dont la lauréate du Grand Prix 2025, Anouk Ricard.

Pour le maire Xavier Bonnefont, cité par Les Échos et franceinfo, cette initiative marque une volonté de “refondation” après ce qu’il décrit comme un “grand bang”. Dans cet esprit, la Ville envisage déjà de pérenniser l’événement dans une forme repensée. Deux statues à l’effigie de Will Eisner et Osamu Tezuka – en écho au buste de Hergé déjà présent en ville – pourraient également être inaugurées, symbolisant les trois grandes écoles de la bande dessinée mondiale.

En parallèle, la communauté d’agglomération du Grand Angoulême a débloqué une aide exceptionnelle de 500 000 euros pour soutenir les entreprises locales affectées par l’absence du festival. En s’appuyant sur ses forces vives, Angoulême tente de transformer cette crise en opportunité : faire de ce “Grand Off” une renaissance artistique, collective et plus fidèle aux valeurs fondatrices de la bande dessinée.

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