Pour sa première mise en scène lyrique à l’Opéra Garnier, Ralph Fiennes a choisi de raconter Eugène Onéguine sans chercher la provocation, et le pari a visiblement payé : lors de la première, le public a réservé un accueil très chaleureux à cette lecture classique mais soignée de l’opéra de Tchaïkovski, portée par une distribution saluée et un orchestre en pleine forme sous la direction de Semyon Bychkov.
Une relecture fidèle, portée par des voix très applaudies
La scénographie mise sur une narration lisible, des décors épurés et une palette de costumes éclatante, avec une attention particulière à la direction d’acteurs, logique pour un homme de théâtre et de cinéma. Le premier acte peut sembler plus lent, avant que l’intensité ne monte vraiment, notamment autour de la scène de la lettre, pivot du destin de Tatiana. Dans le rôle-titre, Boris Pinkhasovich campe un Onéguine raide et désabusé, tandis que Ruzan Mantashyan (Tatiana) et Bogdan Volkov (Lenski) ont été particulièrement ovationnés, jusque dans les moments les plus dramatiques.
L’intrigue, tirée du roman en vers de Pouchkine et adaptée par Tchaïkovski en 1879 sous la forme de “scènes lyriques”, repose sur une série de chocs : l’aveu amoureux rejeté, la blessure d’orgueil, puis le duel fatal entre amis. Des années plus tard, Tatiana a changé de rang en épousant un général, et Onéguine découvre trop tard ce qu’il a perdu, dans un dernier acte où le renversement des rapports de force fait basculer l’opéra.
Un projet né d’une rencontre entre plateau et fosse
Cette production marque une étape personnelle pour Ralph Fiennes : il avait découvert l’œuvre étudiant, puis avait incarné Onéguine au cinéma dans le film réalisé par sa sœur Martha Fiennes en 1999. L’idée de le faire passer à la mise en scène revient, selon franceinfo, à Semyon Bychkov, familier de la partition et en quête d’un regard théâtral sur les personnages, proposition rapidement validée par Alexander Neef, directeur de l’Opéra national de Paris.
D’après l’interview relayée par franceinfo, Fiennes voit Onéguine comme un homme “instable”, marqué par le meurtre de son ami, et bouleversé par la métamorphose de Tatiana lorsqu’il la retrouve. Une approche psychologique qui colle à une version où le spectaculaire ne prend jamais le pas sur les sentiments, et qui explique peut-être la force de l’adhésion en salle. Le spectacle, annoncé complet sur plusieurs dates, est programmé jusqu’au 27 février, avec une retransmission prévue en direct sur France.tv le 9 février, puis à la radio sur France Musique le 7 mars, selon la presse spécialisée.