Le rapport d’enquête administrative sur le spectaculaire vol commis au Louvre en octobre dernier révèle que les voleurs ont échappé de justesse aux forces de l’ordre. Présenté au Sénat mercredi 10 décembre, ce document met en lumière des failles multiples dans le système de sécurité du musée. Un défaut d’anticipation et de coordination qui a coûté cher à l’établissement, et qui soulève des questions sur la gestion passée de sa sûreté.
Une fuite évitable et des alertes ignorées
Selon les conclusions livrées par Noël Corbin, directeur de l’Inspection générale des affaires culturelles (Igac), « les voleurs auraient pu être arrêtés avec 30 secondes de plus ». Le cambriolage s’est déroulé le 19 octobre à la galerie d’Apollon, où étaient exposés des bijoux de la Couronne. Une caméra extérieure avait bien enregistré l’arrivée des deux malfaiteurs, la nacelle utilisée pour accéder au balcon, puis leur fuite. Mais ces images n’ont été visionnées par les agents de sécurité qu’avec plusieurs minutes de retard, faute d’écrans disponibles dans un PC de sécurité sous-dimensionné.
Le rapport, également appuyé par les observations de Pascal Mignerey de la Mission sécurité, sûreté et audit du ministère de la Culture (Missa), déplore l’absence de dispositif d’alerte en temps réel. Les policiers dépêchés sur place, mal orientés, ont dans un premier temps été envoyés du mauvais côté du bâtiment et ont même croisé les voleurs sans les identifier. Ce dysfonctionnement s’explique par des équipements vétustes et une sous-estimation manifeste du risque de vol, pourtant identifié dans plusieurs audits réalisés dès 2017.
Des audits restés lettre morte et une transmission défaillante
L’enquête administrative révèle que les failles exploitées par les cambrioleurs étaient connues depuis plusieurs années. Un rapport rédigé dès 2019 par la maison Van Cleef & Arpels dans le cadre d’un mécénat de compétences pointait déjà la vulnérabilité de la galerie d’Apollon, notamment l’accès facile au balcon, l’absence de vitrage blindé et des systèmes d’alarme inadaptés. Pourtant, ces alertes n’ont pas été prises en compte par la direction actuelle du Louvre.
La sénatrice Agnès Evren (LR) a dénoncé devant la commission culture « un véritable concours de défausse » entre les anciennes et nouvelles équipes dirigeantes. Laurence des Cars, présidente du Louvre depuis 2021, a affirmé ne pas avoir eu connaissance de ces audits. Selon l’Igac, aucun processus formel de passation n’a été mis en place lors de son arrivée, et les systèmes d’archivage internes se sont révélés inopérants. « Il y a un vrai problème de mémoire institutionnelle », a résumé Noël Corbin, en soulignant que les différentes directions du musée fonctionnent souvent en silos, sans coordination.
Le rapport recommande désormais une remise à niveau immédiate des installations, ainsi que la nomination d’un coordinateur dédié à la sécurité. Les 80 millions d’euros alloués dans le cadre du plan « Louvre Renaissance » devront être débloqués sans délai, estime la mission. Des auditions sont prévues la semaine prochaine au Sénat : Jean-Luc Martinez, ancien président du musée, sera entendu mardi 16 décembre, suivi par Laurence des Cars le lendemain. Les sénateurs espèrent faire toute la lumière sur les responsabilités individuelles dans cet échec sécuritaire aux conséquences historiques.