La Chine s’apprête à interdire toutes les importations de produits de la mer japonais, ont affirmé mercredi deux responsables gouvernementaux à Tokyo, alors que les tensions entre les deux pays ne cessent de croître. Cette escalade intervient après les déclarations de la nouvelle Première ministre japonaise, Sanae Takaichi, qui a estimé qu’une attaque chinoise contre Taïwan pourrait menacer la survie du Japon et entraîner une riposte militaire. Pékin a exigé qu’elle retire ses propos et a appelé ses citoyens à éviter de se rendre au Japon, entraînant des annulations massives de voyages.
Interrogée lors d’un point presse, la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Mao Ning, a indiqué que « même si les produits de la mer japonais étaient exportés vers la Chine, ils ne trouveraient aucun marché », affirmant que Pékin prendrait des « contre-mesures fermes et résolues » si Takaichi ne revenait pas sur ses propos. De son côté, Tokyo assure n’avoir reçu aucune notification officielle d’une interdiction totale. Toutefois, selon des responsables japonais, la Chine a informé le ministère de l’Agriculture que les procédures d’importation étaient jugées insuffisantes, signe probable d’un rétablissement imminent de l’embargo.
Cette décision survient quelques mois seulement après un assouplissement partiel des restrictions qui avaient été imposées à la suite du rejet d’eaux traitées provenant de la centrale nucléaire de Fukushima. Elle pourrait porter un coup dur à un secteur qui dépend étroitement du marché chinois, premier acheteur de coquilles Saint-Jacques japonaises et grand importateur de concombres de mer avant l’interdiction de 2023. Près de 700 exportateurs nippons avaient déjà tenté de se réinscrire pour reprendre les expéditions vers la Chine, mais seules trois demandes ont été validées à ce jour.
La crise dépasse désormais le cadre commercial. Le boycott des voyages vers le Japon pourrait affecter lourdement une économie déjà fragilisée : le tourisme représente environ 7 % du PIB japonais, et les visiteurs chinois continentaux et hongkongais comptent pour un cinquième des arrivées. Plus de 10 compagnies aériennes chinoises ont offert des remboursements de billets jusqu’au 31 décembre, et un analyste estime qu’environ 500 000 réservations ont déjà été annulées. Dans certaines institutions chinoises, les employés ont été discrètement informés qu’aucune demande de déplacement au Japon ne serait approuvée.
Le domaine culturel n’est pas épargné. Une réunion académique bilatérale prévue à Pékin a été reportée et un autre événement visant à promouvoir l’amitié sino-japonaise a été annulé à Hiroshima. Des artistes japonais ont également été touchés : des humoristes ont dû annuler leurs spectacles à Shanghai, des projections de films japonais ont été suspendues en Chine, et un boys band a annulé un événement à Guangzhou pour « force majeure ». Certains artistes, craignant des réactions hostiles, ont publié des messages de soutien à la Chine comme la chanteuse japonaise MARiA, affirmant sur Weibo que « la Chine est comme une seconde patrie ».
Ce durcissement intervient au moment où les tensions géopolitiques en Asie de l’Est s’intensifient, et où la question taïwanaise demeure au centre des frictions entre Tokyo et Pékin. Pour les exportateurs japonais comme pour l’industrie touristique, les conséquences de ce nouveau bras de fer diplomatique pourraient être considérables.