Un carnet d’esquisses du peintre Jacques-Louis David, confisqué par les nazis pendant l’Occupation, pourrait se trouver dans les collections du château de Versailles. L’établissement a lancé un appel public lundi 8 décembre, invitant les descendants du propriétaire initial à prendre contact pour confirmer l’authenticité de l’œuvre.
Une découverte grâce à une enquête et des indices concordants
L’alerte a été donnée par un descendant du propriétaire spolié, après avoir reconnu le carnet dans les inventaires publics du château, selon une enquête menée par la cellule investigation de Radio France. Ce carnet, précieux par son contenu — des études préparatoires pour Le Serment du Jeu de paume, une toile inachevée du maître néo-classique — avait été signalé comme volé dès 1945.
Interrogé par l’AFP, Laurent Salomé, directeur du musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, a jugé qu’il était « assez probable » qu’il s’agisse bien de ce carnet disparu, tout en rappelant que « des recherches complémentaires » étaient nécessaires. Le ministère de la Culture a évoqué pour sa part « un faisceau d’indices importants » mais a souligné l’absence de système permettant de croiser automatiquement les œuvres spoliées avec celles conservées dans les collections nationales.
Une acquisition ancienne, une procédure en attente
Le carnet a été acquis en 1951 par le château de Versailles auprès d’un « marchand réputé fiable », selon l’institution. À l’époque, aucune alerte ne permettait de suspecter une provenance problématique liée à des spoliations de familles juives durant la Seconde Guerre mondiale.
Face aux soupçons, Laurent Salomé a rejeté toute idée de dissimulation : « Nous ne demandons qu’à faire avancer la recherche et à prendre les mesures nécessaires s’il s’avère qu’il y a un problème dans l’historique de l’œuvre. » Une équipe de dix personnes travaille actuellement sur la traçabilité des objets du musée. Mais faute de signalement direct ou d’identification claire du propriétaire d’origine, les recherches restent longues et incertaines : « C’est comme chercher un trésor dans la forêt de Compiègne sans carte », a illustré le directeur.
En cas de confirmation de la spoliation, une procédure officielle pourrait être lancée, pouvant aboutir à une restitution ou à une indemnisation des ayants droit. Le Louvre, où un autre carnet de David est conservé, accueille actuellement une exposition dédiée au peintre, à l’occasion du bicentenaire de sa mort.