Au Salvador, des familles de détenus protestent contre les procès de masse et redoutent la condamnation d’innocents
Au Salvador, des familles de détenus protestent contre les procès de masse et redoutent la condamnation d’innocents

Des proches de détenus ont manifesté dimanche 15 février à San Salvador pour dénoncer les procès de masse organisés dans le cadre de la vaste offensive sécuritaire menée par le président Nayib Bukele contre les gangs criminels. Les manifestants craignent que cette procédure collective ne conduise à la condamnation d’innocents arrêtés lors des opérations menées depuis l’instauration de l’état d’urgence en 2022.

Environ une centaine de personnes ont défilé dans la capitale sans incident, scandant des slogans tels que « Nous défendons les innocents, pas les criminels ! » ou encore « Non aux procès de masse, oui au respect des procédures légales ! ». Leur mobilisation vise à dénoncer une justice qu’ils jugent expéditive et insuffisamment protectrice des droits de la défense.

Depuis mars 2022, près de 90 000 personnes ont été arrêtées au Salvador. Le bureau du procureur général prévoit de finaliser environ 3 000 mises en accusation dans les prochains mois contre des membres présumés de gangs, qui pourraient être jugés collectivement. Mais selon des organisations de défense des droits humains, ce dispositif risque de provoquer la condamnation de milliers de personnes n’ayant aucun lien avec les structures criminelles.

« Ils veulent condamner des innocents pour des crimes qu’ils n’ont pas commis », a déclaré à l’AFP Samuel Ramírez, dirigeant du Mouvement des victimes du régime (Movir). L’avocat Félix López, dont le fils est détenu depuis un an et clame son innocence, estime que les procès de masse « condamnent les innocents au même titre que les coupables » et portent atteinte aux garanties d’un procès équitable. Selon lui, chaque dossier devrait être traité « individuellement ».

Parmi les manifestants, Ana Rodríguez, 58 ans, dit réclamer la libération de son fils et de sa belle-fille, qu’elle considère comme des victimes collatérales de la guerre contre les gangs. Ces familles affirment que des arrestations ont parfois été effectuées sur la base de soupçons faibles ou de dénonciations, sans preuves solides.

Si la baisse spectaculaire du nombre d’homicides a rendu Nayib Bukele extrêmement populaire, sa politique sécuritaire reste vivement critiquée par des ONG telles qu’Amnesty International ou Human Rights Watch. Elles dénoncent notamment des arrestations massives sans mandat et des atteintes répétées aux droits fondamentaux dans le cadre de l’état d’urgence.

Dimanche, Nayib Bukele s’est aussi attaqué publiquement au nouveau ministre de la Sécurité du Honduras, Gerson Velásquez, qui avait critiqué le modèle salvadorien, estimant qu’il ne devait pas être reproduit partout. Le président salvadorien a répliqué en accusant ce discours de défendre les « droits humains des criminels » et a affirmé que des milliers de Honduriens pourraient mourir si une ligne aussi prudente était suivie, dans un pays confronté à des groupes criminels violents comme Mara Salvatrucha et Barrio 18.

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