« Les Sales Pleureurs » : et si nos larmes étaient plus belles que la parole ?

« Les Sales Pleureurs » : et si nos larmes étaient plus belles que la parole ?

Il est des spectacles qui viennent toucher un endroit précis du cœur. « Les Sales Pleureurs », conte théâtral à la fois drôle, émouvant et profondément humain, en fait résolument partie. Créée, écrite et mise en scène par Amélie Osso – ancienne des Cours Florent formée en comédie musicale – au théâtre du Gouvernail, cette pièce marque les premiers pas publics d’une jeune troupe débordante de talent. Ils sont issus d’un même rêve, nés d’une même école, soudés par une passion commune pour le théâtre, le chant, la danse, et aujourd’hui, ils offrent un spectacle à la fois poétique et nécessaire.

Un conte initiatique sur l’enfance, les émotions et la pudeur des larmes

Le pitch, en apparence simple, cache une profondeur bouleversante : Esteban (Brigitte Biasse), huit ans, tente de comprendre pourquoi les larmes lui montent si souvent aux yeux, alors que son père, face à la maladie de sa femme, semble en apparence impassible. L’enfant interroge, explore, s’émerveille, s’effondre parfois, mais toujours avec cette naïveté lucide propre à l’enfance. Autour de lui, un petit monde gravite : camarades de classe, maîtresse, figures drôles ou bienveillantes, tous deviennent les compagnons d’un voyage initiatique vers la compréhension des émotions, et surtout, vers leur libération. « C’est normal que tu pleures, t’as l’air d’avoir tout le temps la tête dans les nuages. Au bout d’un moment, il faut bien qu’il pleuve. », explique-t-on à Esteban.

Le texte d’Amélie Osso, sensible et ciselé, explore les larmes sous toutes leurs formes : celles qui débordent sans prévenir, celles qu’on retient trop longtemps, celles qu’on apprend à apprivoiser. L’autrice fait exister cette façon qu’ont les enfants de questionner le monde avec une gravité désarmante qui permet de casser les carcans sociaux. Car Les Sales Pleureurs parle de masculinité, de stéréotypes, d’émotions qu’il faut arrêter d’enfermer. 

Une mise en scène inventive portée par une troupe prometteuse

Ce qui frappe immédiatement dans Les Sales Pleureurs, c’est l’équilibre subtil trouvé entre l’élégance de la forme et la puissance du fond. La mise en scène regorge de trouvailles visuelles et sonores : ici, une chorégraphie surgit ; là, une chanson suspend le temps, créant un lien invisible entre Esteban et sa mère. La scénographie, épurée mais ingénieuse, se transforme au gré des émotions, des souvenirs, des rêveries d’enfant. 

Mais ce sont surtout les comédiens qui insufflent à la pièce sa lumière. Ils sont six sur scène, tous anciens élèves des Cours Florent. Ils chantent, ils dansent, ils jouent avec une belle générosité. Marie Guyard et Loéline Le Rest, respectivement dans les rôles de la meilleure amie d’Esteban et de l’institutrice, vous transportent par leur singularité, leur fraîcheur et leur folie bien assumée au plateau. 

Les Sales Pleureurs est une petite pépite théâtrale où se mêlent avec élégance pédagogie, poésie et inventivité. Une déclaration d’amour aux émotions, à la fragilité, à l’enfance et à l’art. Pour un premier projet, la jeune compagnie des Enfants du soleil frappe fort.

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