Pour sa troisième édition, le festival Corps engagés continue de faire dialoguer les cultures africaines et françaises à travers le langage du corps. Organisé entre Bordeaux et La Rochelle, l’événement met cette année le Cameroun à l’honneur, en conviant deux figures de la danse contemporaine : Georgette Kala Lobé et Agathe Djokam Tamo. Leurs univers, bien que façonnés dans des contextes différents, se rencontrent dans une création chorégraphique commune, empreinte de poésie, de vécu et de révolte. Une performance incarnée, où les gestes disent ce que les mots parfois ne peuvent.
Georgette Kala Lobé, installée à La Rochelle, est une habituée des scènes françaises, tandis qu’Agathe Djokam Tamo, restée à Douala, donne corps à la réalité quotidienne du Cameroun à travers un hip-hop politique et ancré. Ensemble, elles tissent une chorégraphie où se mêlent les douleurs intimes, les combats collectifs et la puissance du féminin. « Je parle avec mon corps, pas avec ma bouche », confie Agathe, qui voit dans cette collaboration une manière d’apprivoiser son propre corps à travers l’expérience de l’autre. En miroir, Georgette évoque un dialogue silencieux mais intense, une façon de « chercher la paix par le mouvement ».
Un pont dansé entre l’Afrique et la Nouvelle-Aquitaine
Au-delà du spectacle, Corps engagés est un programme d’échange artistique et pédagogique né en 2023. Il s’inscrit dans la continuité du projet burkinabé Engagement féminin, porté par la compagnie Auguste-Bienvenue et soutenu par l’Institut des Afriques. Le festival investit des lieux culturels comme le Glob Théâtre à Bordeaux et l’Espace Bernard Giraudeau à La Rochelle, notamment dans le quartier populaire de Mireuil, où des ateliers sont proposés au public. Cette volonté de médiation culturelle se double d’un engagement politique : donner à voir l’Afrique autrement, sans folklore, ni cliché.
Derrière cette programmation, on retrouve également le Café blanc, structure rochelaise dédiée aux croisements culturels, qui co-organise le festival. Pour Laurence Moinard, sa directrice artistique, il s’agit de valoriser la pluralité des identités africaines et de soutenir les artistes émergentes du continent et de la région. À travers la danse, Corps engagés devient un espace de réappropriation, de mémoire et de projection. Une manière de dire, en rythme et en silence, que les corps aussi peuvent militer.