Le lancement n’aura duré que trente secondes, mais il marque un tournant décisif pour l’industrie spatiale allemande. Dimanche 30 mars, Isar Aerospace, start-up bavaroise basée près de Munich, a procédé au premier vol-test de sa fusée Spectrum depuis la base spatiale d’Andoya, en Norvège. Malgré une chute contrôlée dans la mer après un demi-minute de vol, l’opération est considérée comme un succès majeur.
Spectrum : un crash programmé et assumé
Longue de 28 mètres, propulsée par dix moteurs fonctionnant à l’oxygène liquide et au propane, Spectrum s’est élancée avec succès dans le ciel avant d’être volontairement « arrêtée » en plein vol par l’équipe de lancement. La fusée s’est alors écrasée en mer, conformément au scénario prévu, sans endommager le site de lancement. Daniel Metzler, fondateur autrichien de 33 ans d’Isar Aerospace, a insisté lors d’une conférence de presse sur le caractère « contrôlé » et « attendu » de ce crash. Selon lui, « aucun lanceur, pas même ceux de SpaceX, n’a atteint l’espace dès son premier essai. Il a fallu quatre tentatives à l’entreprise d’Elon Musk ». Il a ajouté que tous les objectifs techniques de cette mission inaugurale avaient été remplis, permettant ainsi de récolter des données précieuses pour la suite des opérations.
Une concurrence nouvelle pour Ariane 6
Cette étape franchie par Spectrum n’est qu’un début : une deuxième fusée est déjà en cours de fabrication, bien que sa date de lancement n’ait pas été précisée. Isar Aerospace ambitionne ainsi de développer une famille complète de lanceurs capables de rivaliser à terme avec Ariane 6, fleuron européen traditionnel. L’entrée en jeu d’une entreprise privée allemande pourrait en effet bouleverser les équilibres sur le marché spatial européen, jusqu’ici dominé par ArianeGroup. Cette réussite relative mais symbolique ouvre un nouveau chapitre pour l’Europe, désormais capable de mobiliser des acteurs privés sur le modèle américain de SpaceX. Une première historique qui pourrait transformer durablement le paysage spatial européen.