Le sénateur écologiste Yannick Jadot a réaffirmé mardi devant le tribunal ses accusations contre TotalEnergies, qu’il qualifie de « complice de crimes de guerre » pour avoir poursuivi ses activités en Russie après l’invasion de l’Ukraine. Poursuivi en diffamation par le groupe énergétique français, l’ancien candidat à la présidentielle assume ses déclarations tenues en mars 2022, au lendemain du déclenchement du conflit.
Une posture politique assumée
« TotalEnergies décide de ne pas quitter la Russie », a martelé Yannick Jadot à la barre, expliquant que cette position constituait selon lui une participation indirecte au financement de la guerre menée par Moscou. Il a dénoncé un choix « scandaleux » à une époque où les atrocités commises en Ukraine révoltaient l’opinion publique. Le sénateur a accusé le groupe d’avoir foulé aux pieds ses propres engagements éthiques pour préserver ses intérêts financiers.
Face aux arguments des avocats de TotalEnergies, qui soulignent que d’autres grands groupes pétroliers n’ont pas davantage quitté la Russie, Jadot a répliqué : « Est-ce qu’ils ne sont pas partis parce que Total est resté ? » Il a également rappelé les mots de conseillers ukrainiens qualifiant les profits tirés des hydrocarbures russes de « l’argent du sang ». L’écologiste a revendiqué son rôle d’élu, soutenu dans cette démarche par le député européen Raphaël Glucksmann, qui voit dans cette interpellation publique un devoir démocratique.
Un procès au nom de l’honneur
TotalEnergies, qui demande un euro symbolique de dommages et intérêts, accuse Yannick Jadot de tenir une « accusation extrêmement grave » sans fondement juridique. Pour l’avocat du groupe, Me Antonin Lévy, la répétition de ces propos relève d’une « diffamation insupportable ». Il a insisté sur le fait que malgré leurs annonces, les majors pétrolières n’ont pas quitté la Russie en raison de contraintes juridiques et géopolitiques, notamment le risque de violer des sanctions ou de renforcer les ressources de l’État russe.
Du côté de la défense, Me William Bourdon a plaidé la relaxe de son client, estimant que les propos de Yannick Jadot relèvent de la liberté d’expression et du débat démocratique. « C’est la liberté d’expression qui doit l’emporter ici », a-t-il insisté devant le tribunal.
Le jugement a été mis en délibéré. Le tribunal correctionnel de Paris rendra sa décision le 6 juin prochain. Ce procès cristallise les tensions autour du rôle des entreprises françaises dans des conflits armés et pose une fois encore la question de l’éthique dans les affaires internationales.