Alors que les réformes successives peinent à stabiliser le système de retraite français, la question de la capitalisation revient régulièrement dans le débat public. Dès ce jeudi et pour 3 mois, les discussions reprennent entre les différents partenaires sociaux. Quels sont les atouts et les risques de cette approche ? Et la France est-elle prête à en faire un levier de réforme ?
Le système français repose sur la répartition : les actifs cotisent pour financer directement les pensions des retraités. Ce modèle, fondé sur la solidarité intergénérationnelle, garantit un revenu stable, mais dépend fortement du rapport entre actifs et retraités. Avec le vieillissement de la population, il devient de plus en plus difficile à équilibrer sans augmenter les cotisations, reculer l’âge de départ ou réduire les pensions. La capitalisation, elle, repose sur l’épargne individuelle : chacun cotise sur un compte personnel, les fonds sont investis, et la retraite est financée par les rendements accumulés. Ce modèle, répandu aux États-Unis, au Royaume-Uni et aux Pays-Bas, permet de limiter l’impact des évolutions démographiques. Mais il expose aussi les pensions aux fluctuations des marchés financiers et creuse les écarts entre épargnants selon leurs capacités d’épargne.
L’un des principaux arguments en faveur de la capitalisation est son potentiel de rendement. En investissant sur le long terme, les cotisations peuvent générer des intérêts bien supérieurs à la simple indexation des pensions. Aux Pays-Bas ou en Suède, où la capitalisation joue un rôle clé, les retraites bénéficient d’une source de financement complémentaire efficace. Autre atout : ce modèle pourrait alléger la pression sur les finances publiques. Plutôt que de dépendre uniquement des cotisations des actifs, une partie des pensions serait financée par l’épargne accumulée. À long terme, cela permettrait de limiter les hausses de cotisations et d’assurer une plus grande autonomie aux retraités. Enfin, la capitalisation offre une flexibilité accrue. Chacun peut moduler son effort d’épargne en fonction de ses objectifs et ajuster ses placements selon son appétence au risque. Une approche personnalisée qui s’oppose au caractère uniforme du système actuel.
Malgré ses promesses, la capitalisation soulève de nombreuses inquiétudes. Son principal défaut est sa dépendance aux marchés financiers. Une crise économique majeure peut réduire la valeur des pensions et fragiliser la sécurité des retraités, comme cela a été observé aux États-Unis lors de la crise de 2008. L’autre critique majeure concerne les inégalités qu’elle engendre. Ceux qui ont des carrières linéaires et des salaires élevés peuvent épargner plus et bénéficier d’une retraite confortable. À l’inverse, les travailleurs précaires, les indépendants ou ceux confrontés à des interruptions de carrière risquent de se retrouver avec des pensions insuffisantes.
Plutôt que d’opposer répartition et capitalisation, la plupart des experts plaident pour un système mixte, combinant les avantages des deux modèles. C’est déjà le cas dans plusieurs pays européens, où un socle de pension par répartition est complété par des dispositifs de capitalisation collective ou individuelle.
Face aux tensions budgétaires et aux évolutions démographiques, la capitalisation apparaît comme un levier complémentaire pour garantir l’avenir des retraites. Mais elle ne pourra fonctionner que dans un cadre maîtrisé, évitant les dérives des modèles trop libéralisés. La France devra sans doute s’inspirer des meilleures pratiques internationales pour trouver un équilibre entre solidarité et rendement, en adaptant progressivement son système à ces nouveaux enjeux.