Le 3 avril 1976, au Palais des Congrès de Paris, se déroulait la toute première cérémonie des César, donnant naissance à une tradition qui fête cette année sa cinquantième édition. Créée par Georges Cravenne, cette soirée visait à honorer le cinéma français avec un équivalent des Oscars. L’événement prenait le relais des Étoiles de Cristal et des Victoires du Cinéma Français, récompenses disparues. Présidée par Jean Gabin, qui faisait là sa dernière apparition publique, et animée par Pierre Tchernia sous la mise en scène de Jacques Demy, cette première Nuit des César ne dura qu’1h40, un format bien loin des longues cérémonies d’aujourd’hui. Treize prix furent décernés par une académie de 900 votants, et le trophée, alors un personnage déroulant une bobine, fut remplacé dès l’année suivante par la célèbre compression signée du sculpteur César Baldaccini.
Dès cette première édition, la cérémonie se voulait un véritable show, mêlant remises de prix et interludes musicaux. Des légendes du cinéma français y étaient présentes : Romy Schneider remporta le César de la meilleure actrice pour L’Important c’est d’aimer, devançant Isabelle Adjani, qui croyait déjà à sa victoire. Philippe Noiret fut sacré meilleur acteur pour Le Vieux Fusil de Robert Enrico, qui décrocha aussi le prix du meilleur film. Jean Rochefort, premier lauréat de la soirée, reçut le César du meilleur acteur dans un second rôle pour Que la fête commence de Bertrand Tavernier. La soirée fut aussi marquée par la présence de Michèle Morgan, qui partagea un moment complice avec Jean Gabin, et par la performance musicale de Diana Ross, venue interpréter Theme from Mahogany.
Malgré son succès, la cérémonie divisa. Certains y voyaient une simple imitation des Oscars américains, comme Jean Gabin qui, sceptique, confia à Jean Rochefort son désintérêt pour l’événement. Néanmoins, les César sont devenus un rendez-vous incontournable du cinéma français, traversant les décennies avec leurs polémiques, leurs moments cultes et leurs récompenses souvent disputées. Aujourd’hui, alors que l’Académie célèbre ses cinquante éditions, la soirée du 3 avril 1976 reste gravée comme le point de départ d’une institution qui, malgré ses évolutions, demeure l’un des grands événements culturels du pays.