Avec « Tardes de soledad », Albert Serra plonge au cœur de la tauromachie

Avec « Tardes de soledad », Albert Serra plonge au cœur de la tauromachie

Après Pacifiction et La Mort de Louis XIV, Albert Serra revient avec un documentaire aussi fascinant qu’éprouvant : Tardes de soledad, en salles le 26 mars. Filmé au plus près du célèbre torero péruvien Roca Rey, ce long-métrage explore en immersion la solitude, la tension, la violence et l’étrange sensualité de la corrida, dans ce qu’elle a de plus physique et tragique. Pendant deux heures, sans voix off ni analyse extérieure, Serra capte l’essence d’un rituel archaïque qui suscite autant de fascination que de rejet.

Le film suit Roca Rey sur plusieurs mois, entre arènes, hôtels et trajets en van avec sa cuadrilla. Aucun plan large, aucun folklore : ici, tout est serré, haletant, presque claustrophobique. Grâce à des micros placés sur les toreros et à une caméra toujours au plus près des corps, Serra capte les respirations, les insultes, les gestes précis et les chocs. Le torero devient une figure mythique et silencieuse, presque absente, tandis que le taureau, souvent hors champ ou tronqué, devient une masse de chair et de souffle, terrifiante et pathétique à la fois.

Plus qu’un film sur la corrida, Tardes de soledad est une réflexion sur l’image, le cadre, le regard. Serra ne cherche ni à glorifier ni à condamner, mais à éprouver. La beauté et l’horreur cohabitent dans chaque plan. La mort est réelle, lente, cadrée comme un tableau. Le spectateur, privé de distance, est forcé de regarder. Il oscille entre admiration, dégoût, empathie, parfois indifférence. Une expérience sensorielle et morale, sans concession. Couronné à San Sebastián, ce film pourrait bien devenir un document essentiel sur un art en sursis — et une œuvre majeure dans la filmographie d’un cinéaste qui n’a pas peur d’aller là où ça dérange.

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